Avant son grand «meeting», le chef de l’Etat reçoit les maires du département, ce samedi. Entre crise halieutique, foncier brûlant et désespoir de la jeunesse, la capitale de la Petite-Côte attend des actes concrets au-delà des promesses de campagne qu’il va lancer cet après-midi pour la Présidentielle de 2029.

Par Alioune Badara CISS – Avant son grand meeting prévu ce 9 mai, le Président Bassirou Diomaye Faye a choisi l’écoute. Ce samedi, il recevra l’ensemble des maires du département de Mbour. Ce face-à-face, loin de la ferveur des foules, se veut une séance de travail stratégique pour un département qui, malgré son poids économique majeur, se perçoit encore comme le parent pauvre du développement balnéaire. Pour le chef de l’Etat, cette rencontre fait office de test de crédibilité. Face à des édiles de bords politiques divers, il devra prouver que sa vision de la décentralisation n’est pas qu’un slogan, mais une volonté réelle de collaborer avec les collectivités territoriales.

Trois urgences majeures seront sur la table des discussions, notamment l’agonie du secteur de la pêche : à Mbour, Joal et Nianing, les pirogues restent à quai ou reviennent vides. Les maires attendent une révision courageuse des accords de pêche pour protéger les ressources et redonner un horizon aux acteurs locaux. Le foncier, une poudrière : entre spoliations massives et privatisation sauvage du littoral, le dossier est explosif. Si la suspension des constructions sur la côte a été un signal fort, les élus réclament désormais un cadre juridique durable garantissant l’accès des populations à la mer. L’emploi et le drame de l’émigration : principal foyer de départ vers l’Europe, Mbour compte ses disparus. Les élus exigent des projets structurants capables de fixer une jeunesse qui ne voit plus son avenir sur la terre ferme.

A l’approche des prochaines échéances électorales, cette réception revêt également une dimension politique évidente. Bassirou Diomaye Faye doit rassurer : le développement ne sera pas «partisan». Il s’agit de garantir que l’arbitrage budgétaire se fera selon les besoins des communes et non selon leur couleur politique. «Nous ne demandons pas de faveurs, mais du respect pour les spécificités de Mbour. Nous sommes l’un des poumons économiques du pays ; il est temps que cela se reflète dans nos infrastructures», confie un maire sous couvert d’anonymat.

Le défi est de taille : transformer la «rupture» promise en une réalité tangible pour les populations de la Petite-Côte. Le rendez-vous de ce samedi déterminera si le courant passe réellement entre le Palais et les territoires.

Le meeting de Mbour, premier test de leadership pour «Diomaye Président»

Si l’audience avec les maires, ce samedi matin, relève de l’action institutionnelle, le grand meeting prévu demain au Stade Caroline Faye marque une étape charnière pour Bassirou Diomaye Faye. Au-delà de la mobilisation populaire, ce rassemblement de la Coalition «Diomaye Président» cristallise des enjeux stratégiques majeurs : ce rendez-vous est perçu par de nombreux observateurs comme une volonté du chef de l’Etat d’affirmer son autorité politique au-delà de l’appareil de Pastef. Dans un contexte de débats récents sur la «confusion des rôles» au sommet de l’Etat, Bassirou Diomaye Faye cherche à consolider son propre socle de légitimité.

Pour certains analystes, Mbour constitue la première étape d’une stratégie de reconquête et de projection vers le prochain mandat. Il s’agit de remobiliser la base dans un département clé, carrefour entre les enjeux halieutiques, touristiques et agricoles. Après une séquence marquée par des tensions avec ses «frères patriotes», le Président utilisera cette tribune pour clarifier sa trajectoire économique («l’économie résiliente sans le Fmi») et rassurer sur la stabilité du pays.

Face aux attentes sociales pressantes (coût de la vie, emploi des jeunes), l’affluence et la ferveur au Stade Caroline Faye serviront de baromètre à la «cote d’amour» du Président, après deux ans de pouvoir. En somme, ce meeting de Mbour n’est pas qu’un simple essai de démonstration de force ; c’est le lancement d’une nouvelle séquence politique où le Président tente de transformer l’essai de l’alternance en un soutien populaire durable et structuré.

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