Réunis à Pointe-Sarène, après deux jours de concertation soutenus par l’Ong Syndev, les riverains des grands sites énergétiques du Sénégal (Saint-Louis, Taïba Ndiaye, Bargny-Sendou, Malicounda, Sine-Saloum) forment un front commun. Entre pollutions et expropriations, ces populations exigent réparations, indemnisations et une réelle prise en compte de leurs droits face au déploiement des infrastructures pétrolières, gazières et électriques du pays.
Par Alioune Badara CISS – Réunies au sein d’un collectif, les populations affectées par les grands projets énergétiques du Sénégal unissent leurs voix pour interpeller directement l’Etat. Exigeant réparations et indemnisations équitables, les habitants de Saint-Louis, Taïba Ndiaye, Bargny-Sendou, Malicounda et des îles du Sine-Saloum ont clôturé, ce mardi à Pointe-Sarène, un atelier de concertation de deux jours. Accompagnés par l’Ong Syndev, ils entendent mener des actions d’envergure pour faire valoir leurs droits face aux lourds impacts environnementaux et socio-économiques subis au quotidien.
L’objectif principal de ce rassemblement est de bâtir une plateforme solide de plaidoyer et d’action collective. Le mouvement fédère aussi bien les riverains du projet gazier offshore Grand Tortue Ahmeyim (Gta) à Saint-Louis que ceux de la centrale éolienne de Taïba Ndiaye, de la centrale à charbon de Bargny-Sendou, de la centrale thermique de Malicounda ou encore du champ pétrolier de Sangomar dans le Sine-Saloum.
Pour Ndèye Fatou Sy, directrice de l’Ong Syndev, la quête de souveraineté énergétique ne peut se faire au détriment de la justice sociale : «lorsqu’on aborde une question aussi cruciale que la transition énergétique, l’accès universel à l’électricité doit impérativement intégrer les besoins et perspectives des populations locales, en particulier celles qui accueillent ces mégaprojets sur leur territoire», soutient-elle. Elle précise ainsi la vocation de la rencontre : «Etant spécialisée dans l’accompagnement des communautés impactées, notre organisation a jugé essentiel de créer cet espace d’échange et d’action. C’est un cadre de plaidoyer, mais aussi de renforcement de capacités pour permettre aux riverains de mieux maîtriser les engagements nationaux liés à la transition énergétique.»
Ces griefs ont trouvé une oreille attentive au sein de la Représentation nationale. Présent aux débats, Ibrahima Mbodj, président de la Commission du développement rural à l’Assemblée nationale, s’est engagé à porter le plaidoyer dans l’Hémicycle : «En tant que parlementaires, nous avons été à l’écoute des communautés et des experts de l’Ong Syndev durant ces deux jours. Nous exploiterons les synthèses et recommandations issues de cet atelier pour relayer directement ces préoccupations devant le Parlement.»
Cette confrontation citoyenne met en lumière le paradoxe de la trajectoire énergétique sénégalaise. Bien que le pays ait réalisé des progrès notables -avec un taux d’accès à l’électricité grimpant de 24% en 2012 à plus de 75% aujourd’hui et un mix énergétique intégrant désormais 30% d’énergies renouvelables-, ces succès masquent une fracture sociale et territoriale. Qu’il s’agisse du boom des énergies vertes ou de l’exploitation des hydrocarbures, la modernisation énergétique continue d’imposer un lourd tribut aux populations hôtes, premières exposées aux nuisances et souvent oubliées des retombées.
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