Confronté à une hausse inquiétante de la toxicomanie et des troubles mentaux chez les jeunes, le département de Mbour interpelle l’Etat. Lors d’une journée d’études organisée par le Cdpe et l’Ong «Sénégal Aventure Nomade», acteurs territoriaux et communautaires ont plaidé pour la construction urgente de structures de prise en charge locales.

Par Alioune Badara CISS – Face à la détresse grandissante des adolescents confrontés aux addictions et aux troubles de la santé mentale, le département de Mbour tire la sonnette d’alarme. Le Comité départemental de protection de l’enfance (Cdpe), en partenariat avec l’Ong «Sénégal Aventure Nomade», a organisé une journée de réflexion et de formation sur ces problématiques, animée par le Dr Robert Brech, professeur à l’Université de Montpellier. L’objectif de cette rencontre : outiller les intervenants de terrain et plaider auprès des autorités nationales pour la création de structures d’accueil locales spécialisées.

La vulnérabilité du département s’explique par une combinaison de facteurs socio-économiques propres à la zone. Le décrochage scolaire, associé au caractère touristique et cosmopolite de Mbour -véritable carrefour où se croisent diverses nationalités-, crée un terrain particulièrement propice à la circulation des stupéfiants et à la consommation de substances psychoactives chez les adolescents.

Face à ce constat, l’administration territoriale et les acteurs communautaires réclament des réponses structurelles d’urgence. Actuellement, l’absence de centres spécialisés contraint les familles à faire évacuer les jeunes touchés vers les hôpitaux de Thiès ou Dakar, ce qui génère un coût financier insupportable pour les ménages défavorisés. «Nous avons constaté au niveau de la Préfecture que nous recevons énormément de dossiers de «réfèrement» vers des structures sanitaires extérieures. Cela montre à suffisance que le problème se pose avec acuité. Nous faisons le plaidoyer pour la construction d’un centre d’accueil et de prise en charge précoce à l’intérieur du département», a souligné Mamadou Farba Sy, adjoint au Préfet de Mbour.

En réponse à cette crise de société, l’administration a annoncé le renforcement des mesures coercitives et une vigilance accrue sur le terrain. Toutefois, la réponse ne saurait être uniquement sécuritaire. Les intervenants s’accordent sur la nécessité d’impliquer l’ensemble du tissu social, des élus locaux aux professionnels de santé, tout en réinvestissant le rôle central de la cellule familiale dans l’éducation.

Pour l’association «Sénégal Aventure Nomade», implantée à Mbour et Warang, le renforcement des compétences des membres du Cdpe constitue une étape cruciale pour mieux encadrer les jeunes vulnérables. «La consommation de drogue est devenue un véritable problème de société à Mbour, aggravée par le tourisme et la déperdition scolaire. Au-delà de cette rencontre, nous allons porter ce plaidoyer au niveau politique pour que des structures de prise en charge spécialisées soient ouvertes et que le personnel soit formé», a déclaré Cheikh Fall, directeur de l’association.

Au terme de cette journée d’études, participants et autorités se sont engagés à mener des campagnes intensives de sensibilisation sur le terrain. L’accent sera mis sur la prévention précoce des usages de drogues, y compris les nouvelles formes de dépendance liées aux écrans, tout en maintenant la pression sur les décideurs politiques pour doter Mbour d’infrastructures médicales et sociales adaptées.

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