Sous la houlette de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts), les centrales syndicales ont organisé une marche «citoyenne, républicaine et pacifique», ce mercredi. Le cortège, parti du site du Cerf-volant pour rallier le rond-point Jet d’eau, visait à alerter l’opinion publi­que et les autorités sur l’essoufflement du climat social. A cette occasion, le Secrétaire général de la Cnts, Mody Guiro, a plaidé pour une reprise sincère et constructive des échanges avec l’Exécutif. Pour le leader syndical, cette mobilisation est avant tout un appel à la responsabilité collective : «il est impératif de travailler ensemble à la mise en œuvre d’un dialogue social inclusif», a-t-il martelé, insistant sur l’urgence de bâtir un environnement apaisé, indis­pensable à la productivité et à la dignité des citoyens.

Au centre des griefs, figure le Pacte de stabilité sociale signé avec le gouvernement, qui devait garantir une trêve de trois ans. Si des concertations ont bien eu lieu, les syndicats fustigent une application partielle des engagements. «Nous étions sur une bonne trajectoire, mais nous sommes restés sur notre faim», a regretté Mody Guiro, pointant du doigt le non-respect de plusieurs accords clés. Parmi les points de friction majeurs, la question des licenciements qualifiés d’«injustes» demeure prioritaire. Les syndicats estiment que les droits des travailleurs ont été bafoués, malgré des tentatives de médiation restées infructueuses.

Disparités salariales et injustices de

traitement

Le système de rémunération dans la Fonction publique est également dans le viseur des manifestants. Les syndicats dé­noncent un dispositif «inéquitable, opaque et non transparent», marqué par des écarts profonds entre agents occupant des fonctions et qualifications identiques. Les indemnités, notamment celles liées au logement, cristallisent la colère des travailleurs. «Cette question occulte d’autres injustices qu’il faut impérativement corriger pour instaurer une véritable justice sociale», a soutenu le Secrétaire général de la Cnts.

La grogne dépasse largement le cadre de l’administration centrale. Les secteurs de l’éducation, de la santé et des transports sont secoués par des revendications persistantes portant sur les primes et la pénibilité du travail. La tension est particulièrement vive dans les transports publics et la logistique. Des mouvements de grève affectent actuellement des structures stratégiques telles que Dakar Dem Dikk et le Port autonome de Dakar (Pad). Dans ce contexte, les syndicats exhortent l’Etat à assumer son rôle d’arbitre pour débloquer ces situations de crise. Par ailleurs, la suspension de l’accord d’entreprise à la Rts est citée comme un facteur aggravant de la défiance actuelle.

Au-delà des revendications corporatistes, les organisations syndicales insistent sur la nécessité vitale de restaurer la confiance entre les partenaires sociaux. Selon elles, aucun objectif de développement économique ne pourra être atteint sans une paix sociale durable. «Ce n’est pas une marche politique, mais un cri du cœur pour porter les aspirations des travailleurs auprès du gouvernement», a conclu Mody Guiro. Cette mobilisation place désormais l’Etat face à un défi de taille : concilier les contraintes budgétaires avec une demande de justice sociale de plus en plus pressante.