C’est lors du séjour du président de la République au Congo que le bruit sur une éventuelle candidature de l’ancien Prési­dent Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations unies a pris de l’ampleur. Le Portugais Antonio Gueterres ne se représentant plus à l’issue de ses deux mandats, aucun candidat européen ne briguera son siège, en vertu du principe de la rotation par continent. Ban Ki Moon, auquel Gueterres a succédé, avait occupé ce poste pour l’Asie. Cela explique pourquoi des ressortissants de l’Océanie et de l’Amérique latine s’empressent de marquer leur territoire et faire connaître leurs prétentions. On a ainsi des candidats de l’Argentine, du Chili, du Costa Rica, ainsi que des profils venant des Caraïbes et d’ailleurs. Et en dehors de Macky Sall, aucun Africain ne s’est encore déclaré, officiellement ou de manière officieuse.

On aurait pu penser que l’ancien dirigeant sénégalais avait toutes les chances de faire le plein de voix, ne serait-ce que dans son pays. Et certains dirigeants africains avaient déjà préparé le terrain en sensibilisant leurs homologues. Bizarrement, on a vu au dernier Sommet de l’Union africaine, que la voix du Sénégal a été totalement dissonante par rapport à celles de ses pairs. Alors que certains dirigeants africains ont pu croire qu’ils n’étaient présents que pour remplir une agréable formalité, ils se sont heurtés à un mur d’incompréhension dressé par les dirigeants sénégalais.

Le Premier ministre Sonko, qui a représenté son pays, a déclaré n’avoir reçu aucun mandat pour discuter de la candidature d’un de ses compatriotes à ce poste. Et son Président, resté au pays, s’est organisé pour ne pas pouvoir être joint par ceux qui voulaient avoir son avis. Et donc, le Sénégal officiel n’a pu faire connaître sa position concernant la candidature de son compatriote au poste le plus prestigieux au monde.

Cette affaire a été un coup porté à l’image du Sénégal -et sûrement pas à celle de Macky Sall. Nos dirigeants se sont crus assez malins pour étaler leur linge sale au regard du monde. Et ce n’est malheureusement pas une première. Les gens qui sont arrivés au pouvoir parce que Macky Sall a sabordé la candidature de son propre poulain, voudraient faire croire à l’opinion qu’ils avaient pris le Palais de l’avenue Senghor de haute lutte, en ayant renversé le tyran à la suite d’une longue marche à la Mao Tsé Toung. Comme si les gens n’avaient pas entendu parler du «Protocole du Cap Manuel», que même l’ancien chef de Cabinet de Bassirou Diomaye Faye avait malencontreusement dévoilé.

De son côté, Macky Sall a voulu faire preuve de responsabilité, en «sollicitant» l’onction de nos dirigeants avant toute déclaration officielle. Et il a transmis un courrier en ce sens à Diomaye, que ce dernier a reçu le 9 février dernier. Ce faisant, il a coupé l’herbe sous les pieds de ses pourfendeurs, notamment des tenants de l’actuel régime, qui se refugiaient derrière le prétexte que le candidat putatif n’a jamais fait de déclaration officielle, et qu’il ne devait donc, en conséquence, pas s’attendre à un quelconque parrainage de son pays. Aujourd’hui, il revient à nos dirigeants de faire montre de grandeur et de ne mettre en avant que l’intérêt du pays.

Voir un Sénégalais occuper une fonction unique au monde ne serait pas un prestige qui rejaillit uniquement sur la personne de Macky Sall ou de son parti. C’est l’honneur de son pays. Il faudrait rappeler que ce pays a offert à l’Afrique bon nombre d’éminents dirigeants aux postes les plus prestigieux. Nous avons connu Ahmadou Makhtar Mbow à l’Unesco, Jacques Diouf à la Fao, Babacar Ndiaye à la Bad, Lamine Diack à l’Iaaf. Sans parler de Abdoulaye Diop à la Commission de l’Uemoa, ainsi que d’autres postes non moins prestigieux.

Et pour montrer qu’il ne s’agissait pas de questions personnelles, Abdoulaye Wade a dû se faire violence, re-balancer sa rancune à la rivière, pour porter la candidature de Abdou Diouf à la Francophonie, reniant ainsi la parole qu’il avait donnée à son ami, le Congolais Henri Lopes. Cela avait brouillé les relations du chef d’Etat sénégalais avec ses homologues Sassou Nguesso du Congo et Omar Bongo du Gabon, auxquels il avait fait la promesse ferme de soutenir leur candidat. Mais le Président Wade avait estimé que l’intérêt du Sénégal était de voir son prédécesseur à la tête de cette institution co-fondée par Senghor, Bourguiba et Hamani Diori. D’ailleurs, pour montrer que toute l’Afrique n’attend que le Sénégal, aucun pays africain n’a avancé le nom d’un quelconque candidat, comme si tout le monde voulait offrir un plébiscite à Macky Sall. Il serait, par conséquent, du plus haut ridicule que des dirigeants africains poussent le tandem à la tête du pays à porter une candidature de leur compatriote, et que ces dirigeants sénégalais y fassent barrage, empêchant, par ce fait, la possibilité d’une candidature consensuelle d’un Africain.

Candidature qui aurait toutes les chances de passer d’ailleurs, à voir les profils qui se dégagent. On sait que l’Américain Donald Trump réchigne à «offrir» le Secrétariat général des Nations unies à un Latino-Américain, ces pays étant jugés «trop à gauche» et contre Israël, le chouchou du patron de la Maison Blanche. De manière informelle, il avait d’ailleurs garanti à Macky de le soutenir pour le poste. Ce qu’avait aussi affirmé le dirigeant chinois, Xi Ji Ping. Quant à Macron, qui avait offert à Macky son premier poste après la Présidence du Sénégal, il ne pourrait que l’appuyer. Le seul qui pouvait faire obstacle à cette candidature au Conseil de sécurité des Nations unies, serait éventuellement Vladimir Poutine, avec lequel Macky avait tissé des liens plus que cordiaux.

Si cet alignement des étoiles ne convainc pas les membres de Pastef et leurs chefs, qu’ils fassent donc le pari de laisser Macky Sall tenter sa chance à l’élection, comme ils l’avaient fait en soutenant Amadou Hott pour le poste de président de la Bad. Le soutien du Sénégal, en son temps, avait plus ressemblé à celui de la corde soutenant le pendu.

Néanmoins, le meilleur argument pour Bassirou Diomaye et Ousmane Sonko de soutenir Macky Sall et le voir se tenir loin du Sénégal pour une dizaine d’années environ, est de lui faciliter la tâche en l’aidant à se placer à la tête de l’Onu. Il est certain que s’il prenait les rênes de l’Onu, le leader de l’Apr ne pourrait plus s’occuper des affaires intérieures de son pays. Cela est d’ailleurs incompatible avec le rôle d’un Sg de l’Onu dont les préoccupations dépassent, et de loin, les frontières d’un pays, fût-il le sien.

Et Macky Sall absent et rendu inerte pour tout ce temps, comment l’Apr pourrait-elle survivre ? Or, dans l’actuelle opposition sénégalaise, quel parti a la capacité de nuisance nécessaire pour ébranler Pastef et ses leaders ? C’est dire que si le duo au pouvoir actuellement veut faire un pari sur sa durée au pouvoir, c’est celui de faire élire Macky à l’Onu. L’empêcher d’y aller, par contre, serait lui fournir des armes pour les prochaines batailles, de 2027 et 2029…