Suite à l’arrivée de près de 1000 migrants aux îles Canaries fin octobre, l’Ong Action pour les droits humains et l’amitié (Adha) monte au créneau. Elle fustige une approche sécuritaire jugée inefficace face aux causes profondes du phénomène et réclame un bilan public ainsi qu’une réorientation des politiques vers l’emploi des jeunes.

Les récentes arrivées massives de migrants sur les côtes espagnoles relancent le débat sur la gestion des flux migratoires en Afrique de l’Ouest. Les 22 et 23 octobre derniers, près de 1000 personnes -comprenant des Sénégalais, des Gambiens, des Maliens, ainsi que des femmes et des mineurs- ont atteint les îles Canaries après plusieurs jours de périple en mer. Pour l’Ong Action pour les droits humains et l’amitié (Adha), ces traversées rappellent avec acuité l’urgence de réinterroger l’efficacité des politiques migratoires actuelles.

Dans un communiqué publié ce 28 octobre 2026 à Dakar par son président, M. Adama Mbengue, l’organisation relève qu’en dépit des années de sensibilisation, de dispositifs institutionnels et de coopération sécuritaire, les départs dangereux persistent. Face à cette situation, Adha estime qu’il est grand temps de passer des simples stratégies annoncées à des résultats tangibles et mesurables.

L’Ong dénonce une focalisation excessive sur la dissuasion et le contrôle des frontières, estimant qu’une telle stratégie ne peut suffire à enrayer les causes profondes de la migration. A ce titre, elle exige que les dispositifs étatiques et les structures dédiées à l’emploi des jeunes fassent l’objet d’une évaluation rigoureuse et transparente quant à leurs performances et à leur impact réel sur le terrain. Selon l’organisation, la multiplication des programmes ne constitue en rien une preuve d’efficacité. «On ne peut durablement demander aux jeunes de ne pas partir sans leur offrir des raisons crédibles de rester», martèle Adha, qui plaide pour une réorientation des efforts vers l’emploi décent, la formation professionnelle, l’insertion et l’accès aux opportunités économiques. Face à l’impasse des politiques actuelles, l’Ong formule plusieurs recommandations adressées aux différents acteurs concernés. Aux autorités sénégalaises,

Adha exige un bilan public des stratégies migratoires mises en œuvre et une réallocation des moyens vers des solutions durables assorties d’objectifs précis. A l’Espagne, l’organisation appelle à garantir systématiquement le secours en mer, un accueil digne, ainsi que le respect strict des garanties juridiques et du principe de non-refoulement.

Et elle invite l’Union européenne à dépasser le cadre d’une coopération axée principalement sur le contrôle des frontières, en favorisant l’ouverture de voies de migration régulières et sécurisées, et en soutenant durablement le développement et l’insertion de la jeunesse.

Tout en réaffirmant la nécessité d’une lutte ferme contre les réseaux de passeurs et les trafiquants, Adha rappelle que cette action ne doit ni criminaliser indistinctement les migrants ni porter atteinte à leurs droits fondamentaux. Pour l’organisation, la prévention de la migration ne se résume pas à la force de la dissuasion : elle exige avant tout des perspectives d’avenir, de la dignité et une gouvernance publique transparente et évaluable.