Face à un environnement sécuritaire régional instable et à des exigences de transparence accrues, les Organisations de la Société civile (Osc) sont désormais en première ligne. Lors d’un atelier interrégional organisé à Dakar, le Congad et la Giz ont exhorté les Ong à renforcer leur vigilance pour se prémunir contre l’usage de fonds illicites, un enjeu crucial pour leur crédibilité et leur pérennité.
Par Amadou MBODJI – Dans un contexte marqué par des contraintes financières croissantes, les Organisations non gouvernementales (Ong) sont appelées à muscler leurs mécanismes de transparence et de gestion des risques. «Nos organisations ont aujourd’hui un besoin accru de ressources, mais elles doivent surtout s’assurer que celles-ci proviennent de sources sûres», a lancé Malick Ndome, membre du Conseil d’administration et président du Comité technique du Congad.
Il s’exprimait hier lors de l’ouverture d’un atelier interrégional de formation de deux jours consacré à la Lutte contre le blanchiment de capitaux et le Financement du terrorisme (Lbc/Ft), organisé en partenariat avec la Giz.
Une «ceinture de feu» sécuritaire
La thématique n’est pas fortuite. Pour les acteurs du secteur, l’urgence est réelle : le Sénégal évolue dans un environnement complexe, qualifié de «ceinture de feu» en raison notamment de la crise malienne. «Les organisations sont devenues plus fragiles. Il est donc essentiel que les membres du Congad soient outillés pour comprendre les enjeux sécuritaires et accéder à des financements sains», a précisé M. Ndome.
Au-delà de l’aspect sécuritaire, c’est la survie institutionnelle qui est en jeu. Une organisation incapable de garantir la traçabilité de ses fonds s’expose à une rupture de confiance avec les bailleurs de fonds et les Partenaires techniques et financiers (Ptf).
L’utilisation de fonds d’origine douteuse ne reste pas impunie. L’Etat dispose de leviers de contrôle rigoureux pour surveiller les flux financiers. Selon Malick Ndome, les manquements peuvent entraîner des sanctions lourdes : suspension d’agrément, interdiction d’exercer, ou perte définitive de reconnaissance institutionnelle.
Touradou Sow, conseiller technique à la Giz, a rappelé que son institution accompagne le Sénégal via le projet de renforcement de l’Etat de Droit. L’objectif est d’aider la Société civile à se conformer aux standards internationaux édictés par le Gafi (Groupe d’action financière) et le Giaba (Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest).
Les Ong, des canaux vulnérables
«Comme tout acteur économique, les Ong peuvent être utilisées, volontairement ou non, comme des canaux d’introduction de fonds illicites», a souligné M. Sow. C’est pourquoi elles sont désormais intégrées au dispositif national de contrôle, aux côtés de structures comme la Centif (Cellule nationale de traitement des informations financières). Le respect de ces normes permet aux Ong de se protéger tout en détectant plus efficacement les risques.
Cette formation constitue la première étape d’une collaboration durable. Une table ronde sera prochainement organisée pour partager les conclusions de ces travaux, et un rapport final sera mis à la disposition des acteurs pour orienter les futures stratégies de prévention.
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