Le pillage des ressources marines atteint un seuil critique à Mbao. Une opération d’envergure, menée par les autorités, a permis la saisie record de plus de 2500 sacs d’anchois juvéniles. Entre impératif écologique et détresse sociale des communautés locales, l’Etat tente de naviguer entre répression et accompagnement vers des alternatives durables.

Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – La lutte contre la pêche illicite franchit un nouveau palier de fermeté. A Mbao, une opération coup de poing, orchestrée par la Direction des aires marines communautaires protégées (Damcp) et les services du ministère de la Pêche, a mis au jour un trafic d’une ampleur alarmante : 2550 sacs de poissons juvéniles, essentiellement des anchois, ont été interceptés. Un fléau qui vide les océans !

Sur le terrain, le constat dressé par les équipes de Momar Sow est sans appel. L’ampleur de la saisie illustre une pratique qui, bien qu’interdite, s’est enracinée dans les habitudes locales. «Ces cargaisons témoignent d’un phénomène récurrent», a déploré le responsable. Si les populations impliquées ont reconnu les faits, elles invoquent la précarité pour solliciter la clémence des autorités.

Le cri d’alarme est partagé par Cheikh Fall, directeur des Pêches maritimes. Ce dernier rappelle l’urgence écologique : la capture systématique de juvéniles empêche le renouvellement des stocks et menace directement la souveraineté alimentaire et l’équilibre des écosystèmes marins.

Vers un durcissement de la surveillance

Pour stopper l’hémorragie, le gouvernement passe à l’offensive. Des renforts ont été déployés, notamment en provenance de la Grande Niayes, afin de sécuriser les zones vulnérables. L’objectif est clair : intensifier le maillage de surveillance, de la haute mer jusqu’aux sites de transformation à terre. L’équation entre écologie et survie est bien complexe. Toutefois, la réponse ne peut être uniquement sécuritaire. A Mbao, le réalisme social s’invite dans le débat. Les acteurs locaux rappellent que cette économie informelle constitue le dernier rempart contre la pauvreté. «Cette activité fait vivre de nombreuses femmes, souvent lourdement endettées et dépourvues d’alternatives», confie un représentant communautaire.

Conscient de cette dualité, l’Etat cherche le point d’équilibre entre la préservation du patrimoine naturel et la survie économique des ménages. Des concertations sont déjà à l’étude pour proposer des issues viables, telles que le développement de la pisciculture ou la modernisation des unités de transformation, afin de transformer une crise écologique en opportunité de développement durable.

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