Réunies ce mardi à Dakar pour la levée du corps du Pr Moustapha Kassé, décédé à l’âge de 85 ans lundi, de nombreuses personnalités politiques et académiques ont salué la mémoire d’un géant de la pensée économique africaine. A cette occasion, le ministre-Secrétaire général de la Présidence, Oumar Samba Ba, a proposé que la future Université du Sénégal oriental porte le nom de l’illustre disparu, fervent artisan de sa création. L’émotion de la Nation et la reconnaissance de l’Etat.

L’atmosphère était lourde de recueillement ce mardi à Dakar, lors de la cérémonie de levée du corps du professeur Moustapha Kassé, rappelé à Dieu des suites d’une maladie. Venu représenter le chef de l’Etat Bassirou Diomaye Faye, le ministre-Secrétaire général de la présidence de la République, Oumar Samba Ba, a pris la parole pour exprimer la gratitude de la Nation envers cet enseignant «émérite».

Saluant la «sagesse, la courtoisie et le savoir» d’un homme entièrement dévoué à la science économique et au développement du Sénégal, M. Ba a formulé une proposition forte : «Que l’Université du Sénégal oriental, actuellement en construction, porte le nom du professeur Moustapha Kassé.» Cette distinction posthume viendrait récompenser l’engagement indéfectible de l’éminent économiste pour l’érection de cet établissement dans sa région natale.

Le dernier hommage de ses pairs et de la classe politique

Le parterre de personnalités présentes témoignait de l’immense respect qu’inspirait le défunt, au-delà des clivages politiques. Côte à côte, le ministre de l’Education nationale, Moustapha Guirassy, l’ancien président de l’Assemblée nationale, Amadou Mame Diop, et l’ancien Premier ministre Me Sidiki Kaba sont venus s’incliner devant la dépouille du premier Doyen de la Faculté des sciences économiques et de gestion (Faseg) de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad).

Me Sidiki Kaba, visiblement très ému et partageant avec le défunt les mêmes racines de Tambacounda, a fait un témoignage vibrant : «C’était un homme généreux de son savoir et de son avoir. Il avait mis à la disposition de chacun son savoir, et son avoir n’appartenait ni à lui ni à sa famille.» L’ancien Premier ministre a salué un «homme bien et de bien», ajoutant que le professeur Kassé avait «rempli son contrat» et connu «un destin fabuleux», faisant la fierté du Sénégal à travers le monde.

Le legs d’un pionnier de l’économie africaine

Né en 1941 à Tambacounda, dans le Sud-est du pays, Moustapha Kassé s’est éteint en laissant derrière lui un héritage académique colossal. Figure incontournable de l’enseignement supérieur sur le continent, il s’est consacré près d’un demi-siècle à la formation et à la recherche.

Premier Doyen : il a marqué l’histoire de l’Ucad en dirigeant la Faseg. Pionnier du Cames : agrégé en sciences économiques, il fut l’un des tout premiers lauréats du Concours d’agrégation du Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (Cames), institution dont il présidera plus tard les jurys. Sans oublier son rayonnement continental : il a assuré la présidence de la Conférence des institutions d’enseignement et de recherche en Afrique (Cierea) et a été un pilier du Programme de troisième cycle interuniversitaire (Ptci). Et enfin au service de la République : entre 2000 et 2012, il a mis son expertise au service de l’Etat en tant que ministre-Conseiller spécial chargé du Nepad auprès du Président Abdoulaye Wade.

En proposant de lier son nom à la future Université du Sénégal oriental, l’Etat veut s’assurer que l’ombre de ce grand baobab de la pensée économique continuera de veiller sur les futures générations d’étudiants de Tambacounda et d’ailleurs.