Le Président Bassirou Diomaye Faye, ce week-end, au moment de lancer son, euh, parti, Kiiraay, nous apparaît comme le somnambule subitement réveillé d’une longue léthargie, ou l’apostat qui avoue s’être trompé de prophète et de religion.
Comment, ces derniers temps, regarde-t-il son ex-mentor, son idole, son modèle, qu’il suit aveuglément une vingtaine d’années durant ? Il l’illustre en bon fils de Ndiaganiao qui gambade dans les champs son enfance durant, et qui ne parvient alors pas à distinguer l’épi de mil de l’herbe folle.
Il lui faudra, au terme d’un compagnonnage de deux décennies, balloté entre le syndicalisme fructueux des Impôts et domaines et la furia dévastatrice de Pastef, qu’il accède à la Magistrature suprême, et donc à la réalité de l’exercice du pouvoir, dont les implacables renseignements, pour découvrir la véritable face du compagnon de misères.
Bassirou Diomaye Faye est-il plus déçu par le visage que Ousmane Sonko lui montre face à l’épreuve du pouvoir, comprenez son incompétence notoire et sa boulimie insatiable des honneurs, ou par sa face cachée que les services de l’Etat débusquent au quotidien ?
Déjà, le fameux «Projet» de Pastef, c’est clair, n’existe pas.
Que faut-il dire aux familles des quatre-vingt-six morts dont deux fillettes brûlées vives dans un bus ? Tout comme aux centaines d’estropiés prêts à donner leurs vies pour une chimère ? Ou aux actionnaires de toutes ces enseignes saccagées aux cris haineux de «France dégage !» ? A tous ces jeunes exaltés qui finissent par croupir en prison pour avoir défié les Forces de l’ordre et le simple bon sens ?
Que tout cela serait parti d’une séance de massage mal venue dont on connait la… Sweet ?
Le Président Bassirou Diomaye Faye, du haut de sa Présidence, est sans doute celui qui mesure le plus justement l’ampleur des dégâts et le surréalisme de cette horreur : comment ont-ils pu nier aussi aveuglément la République, l’Etat, ce fameux «système» auquel ils doivent tout, jusqu’à la vie ?
Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko se côtoient depuis tout ce temps ; ils sortent de la même académie, l’Ena, font carrière main dans la main, rêvent de grandeur ensemble, subissent les mêmes servitudes en commun…
La différence est pourtant là depuis le début : Bassirou Diomaye Faye, manifestement, a de l’éducation, ne s’autorise pas tout, est victime surtout de sa candeur devant son gourou, au nom duquel il commet des dérapages, dont un outrage aux magistrats.
Ousmane Sonko, en ce qui le concerne, n’a manifestement pas de sur-moi, ne se refuse rien, s’autorise tout et n’importe quoi.
C’est leur séjour carcéral à tous deux qui l’illustre le mieux : durant les onze mois que Bassirou Diomaye Faye se retrouve en détention préventive, on n’entendra pas même un soupir de dépit de sa part ou de ses proches.
Il se fait oublier et endure l’épreuve sans un cri.
Quant à Ousmane Sonko, il multiplie les chausse-trappes face aux affaires judiciaires qu’il provoque : ses procès sont autant de désordres publics et d’appels à l’insurrection ; son arrestation, une pitoyable mise en scène ; et son séjour carcéral de sept mois et demi, un vaudeville où se succèdent des scènes qui font plus rire que pleurer. Entre ses deux épouses voilées qui le déclarent pour presque mort devant les caméras de Pape Alé Niang et le témoignage larmoyant De Aïda Mbodj, on ne sait pas à quelle actrice décerner l’oscar du meilleur second rôle…
Arrive le sacre de Bassirou Diomaye Faye.
Quand Macky Sall les reçoit au Palais, Ousmane Sonko marque à la culotte son, euh, dauphin ; manifestement, ça ne veut rater aucune seconde de ce moment historique, et ça s’incruste. Ton pied, mon pied…
Nommé Premier ministre, ça s’évertue à démontrer que le président de la République est à sa botte, ne serait rien sans lui ; ça le rebaptise publiquement «Serigne Ngoundou» avant de fustiger son manque d’autorité et même de… loyauté envers lui, parce qu’il autorise les attaques de l’opposition contre son illustre personne et ne tord pas le bras à la Justice en ce qui le concerne.
La liste Pastef aux Législatives de novembre 2024 est sans doute la douche froide qui réveille Bassirou Diomaye Faye dont les proches concoctent alors un mouvement «Dôlêl Diomaye» qui devrait être la colonne vertébrale du Parlement en gestation. La suite logique à son plébiscite de mars 2024 : Pastef et Sonko devraient normalement l’accompagner pour offrir au Président la majorité confortable qui lui permet de gouverner sans anicroche.
Eh bin, non… L’appétit vient en mangeant : le Premier ministre Ousmane Sonko veut une Assemblée nationale et un gouvernement à sa dévotion, en sus d’un président de la République qui lui obéit au doigt et à l’œil, en attendant de vider les lieux à mi-mandat pour lui céder la place avenue Senghor, à lui et ses épouses.
Des francs-tireurs du Parlement aux couleurs de Pastef l’explicitent publiquement : Bassirou Diomaye Faye est le président légal mais pas légitime ; il trahit un pacte secret qui fixerait son mandat aux deux premières années avant de démissionner et astiquer le fauteuil pour que ça brille lorsque le président Ousmane Sonko daignera enfin y choir après moult hésitations. Mais quel sacrifice le Pros ne consentirait-il pas pour le Peuple sénégalais, pardon, africain, que dis-je, le monde entier ?
Bassirou Diomaye Faye, en plantant Kiiraay, nous explique doctement que Pastef est une herbe folle aux allures de champ de mil. Et que le temps de désherber arrive à toute allure.
Snif, c’est si touchant que j’en écrase une larme.
Par Ibou FALL
