Le président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, ce samedi 31 août 2026, casquette, tunique, tennis et blue jean un rien délavé, s’estime rassuré de l’état des travaux en direction des Jeux Olympiques de la Jeunesse.

Officiellement, le blue jean, habit universel s’il en est, est interdit d’accès à la présidence de la République. On supposera que Bassirou Diomaye Faye doit être parti du domicile familial de Ndiaganiao avec son jean. Le protocole présidentiel de l’avenue Senghor n’oserait pas lui permettre ce libertinage avec les sacrements de la République…

Le Village olympique, logé dans le campus de l’université Amadou Mahtar Mbow, est prêt à recevoir les deux mille sept cents athlètes attendus, âgés de quinze à dix-huit ans. Dans la foulée, le Centre équestre de la gendarmerie, également, prouvera qu’il sera à la hauteur de l’événement planétaire.

Tout va bien, Madame la Marquise ?

J’ai le mauvais goût d’être helléniste, à l’heure où le Sénégal s’apprête à accueillir les quatrièmes Jeux Olympiques de la Jeunesse. Pour rappel, les premiers ont eu lieu à Singapour en 2010, les deuxièmes en Chine en 2014, les troisièmes en Argentine en 2018.

Les quatrièmes, programmés au Sénégal en 2022, seront reportés pour cause de Covid. Bien sûr, il n’y a pas que la pandémie comme souci majeur à l’époque. Il se trouve alors un opposant irascible.

Les nôtres se dérouleront du 31 octobre au 13 novembre 2026, les premiers en terre africaine, dans un pays qui s’interroge sur son destin depuis 2024, avec toutes les incertitudes du monde. Même si cet exploit diplomatique date du régime Bèn Bok Yâkâr, aujourd’hui, bien plus qu’hier, le Sénégal, cette si vieille démocratie, a besoin d’une bouffée d’oxygène mondiale pour retrouver la table des grands de ce monde.

C’est sans doute là que la réalité du vingt-et-unième siècle rencontre le mythe de l’antiquité. Le 14 septembre 2026, la Flamme olympique quittera la Grèce pour le Sénégal. Le feu volé à l’Olympe par Prométhée pour transmettre le secret des dieux -le savoir, le progrès- aux humains, c’est sans doute tout le message que nous autres, Sénégalais, devons retenir.

Le Sénégal, durant deux semaines, verra toutes les caméras, tous les objectifs du monde, braqués sur son savoir-être, son savoir-vivre et son savoir-faire. Ce ne sera pas la première fois, puisque nous avons convoqué le monde nègre de la culture il y a de cela soixante ans. Beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts, et le Sénégal accueillera, entre-temps, le monde francophone, musulman ou culturel avec un égal bonheur.

Si ce n’était que ça…

C’est vrai, le Sénégal, moins de deux cent mille kilomètres carrés de surface, est un petit pays. Mais depuis les comptoirs du Sénégal, devenus la République, combien de géants sont sortis de ses flancs ? Isaac Forster, premier président de la Cour suprême, est l’un des premiers membres du Tribunal de La Haye dans les années soixante. Il ouvre alors aux magistrats sénégalais, une voie lactée…

Battling Siki, Amadou Fall dans le civil, garnement de Saint-Louis dont les poings signent gloire avant malédiction ; Cheikh Fal, ingénieur que la Côte d’Ivoire nous dispute aux indépendances, qui lance Air Afrique, la première multinationale panafricaine ; Makhtar Mbow, Directeur général de l’Unesco, concepteur du nouvel ordre de l’information ; Ousmane Sow, sculpteur aux mains magiques ; Souleymane Bachir Diagne, penseur de renommée mondiale ; Doudou Ndiaye Rose, magicien des tambours ; Youssou Ndour, rossignol évadé de la Médina ; Sadio Mané, footeux venu de Bambaly…

Senghor, le fils de Gnilane Bakhoum, vous le comprendrez, est hors concours, parce qu’il imprime de son vivant, à jamais, le label sénégalais destiné à s’asseoir à la table des grands de ce monde.

Déjà, obtenir le privilège d’organiser ces Jeux mondiaux de la Jeunesse chez nous est un exploit, euh, olympique qui s’inscrit en droite ligne de ce que le Sénégal représente dans le monde. Sur la photo qui immortalise l’instant historique, bien entendu, le président de la République est au centre de l’attention. Le ministre des Infrastructures, Déthié Fall, que le peuple de Pastef jure de pendre haut et court, plastronne : il est en passe de rendre une copie sans faute, avec son village et son centre équestre nickel. La ministre des Sports, tout de rouge vêtue, la joue modeste et pose à l’extrême gauche de la photo.

A la droite du Président, il y a un monsieur qui essaie de se faire oublier. Mamadou Diagna Ndiaye. C’est le chef d’orchestre de toute cette symphonie à retentissement planétaire, qui pourrait projeter, une énième fois, notre pays dans la cour des grands. Habillé sobre, silencieux. Son curriculum vitae ne tient pas dans une vulgaire chronique. Dans deux semaines, il ramènera d’Athènes la Flamme olympique qui sillonnera le Sénégal pour illuminer les Jeux certes, mais ce sera également un autre feu sacré chipé aux dieux pour que le Sénégal vende son savoir-être, son savoir-faire et, plus platement, son savoir-vivre.

C’est vrai, on a raté tant de grands rendez-vous de cette dimension, quand le Sénégal était habité par des gens normaux… Maintenant que Diomaye n’est plus Sonko, ni que Kiiraay n’est pas Pastef, que la racaille prend ses aises dans la République, faut-il encore oser y croire ?

Par Ibou FALL