On n’en a pas encore fini avec les présentations des vœux que déjà, le pays se rend compte qu’il faudrait plus que des «vœux pieux» pour redonner de l’espoir aux Sénégalais, faute de leur faire retrouver le sourire. Alors que nos dirigeants sont censés aider à améliorer la situation du pays dont seuls les tenants du pouvoir ne semblent pas se rendre compte à quel point elle est dramatique, une bonne partie d’entre eux se déchirent sur des questions de domination au sein du parti au pouvoir, et de primauté entre leur parti et l’Etat. La situation est devenue tellement délétère qu’ils n’ont même plus besoin d’opposition. Il suffit que l’un des campas pose une initiative, quelle qu’elle puisse être, pour que l’autre en prenne le contrepied. La bataille est intense sur les réseaux sociaux, mais pas que. Au sein du gouvernement, il se susurre que certains ministres n’osent pas prendre des initiatives, tant ils sont sûrs de les voir rejetés par le dirigeant auquel ils ne se sont pas ralliés. Les petits fonctionnaires pour leur part, se retrouvent être de la chair à canon, sanctionnés pour avoir osé soutenir un camp ou l’autre. On en est au point où au sein de Pastef, il ne faut pas s’afficher de la Coalition «Diomaye Président» quand on est face à des «Patriotes» pur jus. Les partisans de la coalition présidentielle non plus, ne portent pas dans leur cœur leurs «adversaires de parti».
Tout cela ne fait qu’expliquer l’accroissement de la détresse de la population pour la seconde année consécutive.
Le Président Bassirou Diomaye, dans son adresse à la Nation, le soir du 31 décembre, a voulu nous présenter un bilan de l’année écoulée, bien plus souriant à bien des égards. Le chef de l’Etat s’est même engagé à affirmer que «la baisse progressive des prix des produits essentiels s’est traduite par un allègement réel du coût de la vie». Il s’est par ailleurs avancé à affirmer que «les mesures de réduction des prix de plusieurs produits essentiels ont représenté 342 milliards 500 millions de francs Cfa d’économie pour les ménages en 2025. Cet effort se poursuivra en 2026».
Cela pousse à se demander où l’effort va nous mener. Le chef de l’Etat parle de «l’amélioration progressive de l’environnement des affaires, l’intensification de notre diplomatie économique…» qui aurait consolidé notre positionnement comme une destination fiable et attractive. Dans le même temps, tous les indicateurs officiels démontrent qu’aucun secteur d’activité n’a fait l’objet d’un quelconque investissement, malgré les efforts déployés et les investissements en vols par jet privé et/en hôtels de luxe, prétendument pour mobiliser des partenaires d’affaires.
Cela n’empêche que l’on nous présente les efforts de l’Etat comme destinés en priorité aux couches les plus pauvres de la population. M. le Président Faye déclare que «la décision politique de porter le Registre national unique à un million de ménages a rendu l’action sociale plus juste et plus efficace, en orientant les appuis vers celles et ceux qui en ont réellement besoin. Cette exigence d’équité s’est prolongée par un soutien accru à l’autonomisation économique des femmes et des jeunes avec l’émergence de 1060 coopératives productives solidaires.
Dans le domaine de la santé, le gouvernement a constamment cherché à améliorer le quotidien des familles. Des structures de proximité ont été ouvertes ou réhabilitées, les plateaux techniques renforcés, le Samu rapproché des terroirs et des maternités mises à niveau. Cet effort s’est traduit, en 2025, par l’ouverture de 34 postes de santé et le déploiement de 76 ambulances médicalisées. Ce nombre sera porté à 112 ambulances médicalisées en 2026». Il serait téméraire de vouloir contredire le chef de l’Etat en prenant à défaut sa parole. Néanmoins, lui faire remarquer les failles de son discours ne vise qu’à lui permettre de ne pas se laisser induire en erreur.
Est-il cohérent de porter le Rnu à un million de bénéficiaires, au moment où l’Etat semble peiner -ou même rechigne- à payer leur pécule aux 300 mille bénéficiaires de la Bourse de sécurité familiale laissés dans le Registre par le régime de Macky Sall ? A ce jour, nombre de ces personnes sont sorties de la pauvreté pour entrer dans la précarité. Il est vrai que la ministre des Solidarités, Maïmouna Dièye, avait fini par reconnaître que les 5 milliards qui ont servi à calmer les «martyrs» des insurrections de 2021 et 2024 avaient été tirés de l’argent prévu pour ces pauvres d’entre les pauvres citoyens de ce pays. On ne l’a pas encore dit, mais il ne serait pas surprenant d’apprendre que les fonds détournés deux années durant, du Fonds d’appui et de développement de la presse, auraient également servi à alimenter une clientèle politique impatiente de retombées positives de sa «révolution».
Les mesures prises pour sevrer la presse sont facilement passées grâce à un discours et des actes revanchards à l’endroit des médias, conçu dans les officines de Pastef et mis en œuvre par le ministère de la Communication. Mais revenons au discours du Président dans ses aspects économiques et sociaux.
Alors que son ministre de l’Agriculture Mabouba Diagne en est à sa troisième campagne agricole dont il est toujours le seul à voir les résultats positifs, surtout sur ses réseaux sociaux, le chef de l’Etat semble avoir fini par croire son discours. Comme si, lors de sa «tournée économique», le chef de l’Etat n’a pas rencontré de paysans. Cela lui permet, à la suite de son ministre, de déclarer que «l’année 2025 a également marqué des progrès décisifs dans le champ productif, notamment grâce à la mise à disposition d’équipements appropriés et d’intrants suffisants aux acteurs agricoles. Dans les campagnes, la production céréalière a dépassé 2 500 000 tonnes, tandis que la filière arachidière a retrouvé une dynamique porteuse. L’industrie a connu un tournant avec la relance de la Sonacos, après deux années d’arrêt, recréant plus de 2300 emplois directs. Cet effort se poursuivra en 2026, grâce à une dotation de 25 milliards destinée au renouvellement de l’outil de production».
Puisqu’il n’a sans doute pas eu écho des complaintes de la population répercutées par la presse aussi bien écrite qu’audiovisuelle et en ligne, il a certainement dû prendre connaissance des propos de son Premier ministre, qui a voulu rassurer les producteurs d’arachide en leur promettant que la Sonacos allait acheter 450 mille tonnes de leurs produits, en lieu et place des 250 mille précédemment prévus. Cela afin de leur permettre d’éponger une bonne partie de leur production.
Ces déclarations en elles-mêmes, indiquent la situation erratique de la gestion de notre secteur agricole. Le chef de l’Etat promet d’injecter 25 milliards dans la Sonacos cette année, «afin de relancer l’outil de production», et son plus proche collaborateur assure que son gouvernement va trouver plus de 150 milliards pour que la même Sonacos dont l’outil de production a besoin d’argent pour être relancé, puisse acheter l’arachide des paysans à un tarif que tous les industriels du pays jugent «non compétitif». Entre les deux sorties, on se pose la question de savoir où l’incompétence prend le pas sur la démagogie.
Le discours de fin d’année avait donné l’impression de vouloir retrouver les travers de Macky Sall, qui avait l’habitude d’égrener ses réalisations matérielles à chaque occasion. Son successeur semble s’être dit que, pour ne plus s’entendre dire qu’à la même période, les réalisations de Macky étaient visibles, il avait besoin de son côté, de donner du concret à sa population.
Malheureusement, au moment où les caisses sont vides, où même des secteurs de l’Administration peinent à payer les salaires à temps, où des entreprises continuent de déflater, comment pourrait-il convaincre avec un discours aérien ? L’exercice en est d’autant plus difficile que ses préoccupations semblent éloignées de celles de son collaborateur le plus proche dont le discours ressemble le plus possible à celui du Grand Vizir Iznogoud.
C’est ainsi que les deux têtes de l’Exécutif semblent vouloir se disputer les lauriers des maigres victoires qu’elles peuvent pour le moment présenter aux Sénégalais. Même quand elles sont à peine perceptibles, les baisses de prix qu’ils revendiquent dans le coût des produits de première nécessité, sont âprement disputées entre les deux camps. Dans ces conditions, et à ce rythme, le pays risque de connaître une nouvelle inflation dans la rivalité politique, qui risquerait d’aboutir à une confrontation interne.
