Moustapha Mamba Sy a plaidé pour une implication de toute la société dans l’éducation. Pour le ministre de l’Education national, le secteur est transversal et par conséquent devrait être l’affaire de tout le monde. Il a fait ce plaidoyer lors de la cérémonie d’ouverture de la Conférence Yidan. Qui se tient actuellement à Dakar.
Par Malick GAYE – «Les grandes idées qui façonneront l’éducation du XXIe siècle doivent désormais naître du dialogue entre toutes les régions du monde.» C’est la conviction de Moustapha Mamba Guirassy. Le ministre de l’Education nationale qui a lancé la Conférence Yidans à Dakar a plaidé pour l’appropriation de l’éducation par tous. « Libérer le potentiel de l’Afrique, le rôle de l’éducation dans une nouvelle ère de développement », pour lui le thème choisi vient à son heure.
L’orateur n’a pas mâché ses mots sur l’héritage colonial. Selon lui, la marginalisation des Daaras, ces institutions d’éducation traditionnelle qui formaient déjà les enfants bien avant la colonisation, a longtemps coupé des générations entières de leur propre univers. Il a cité l’exemple de Serigne Touba, libérant ses disciples pour mieux leur enseigner une vision partagée. Il a salué les efforts engagés aujourd’hui pour la « réintégration» des Daaras dans le système éducatif national.
Mais le cœur de son propos résidait ailleurs. Moustapha Mamba Sy a appelé à dépasser le simple «système éducatif » pour bâtir ce qu’il a nommé une « société éducative ». Une formule qu’il a pris soin de définir : «L’éducation cesse d’être la seule responsabilité du ministère de l’Éducation. Elle devient la responsabilité de toute la Nation.»
Guirassy a aussi évoqué la croissance démographique du continent et sa jeunesse nombreuse, qu’il considère comme le véritable moteur des transformations économiques et sociales à venir. Familles, médias, entreprises, plateformes numériques, intelligences artificielles : tous, a-t-il insisté, façonnent désormais l’apprentissage des enfants, bien au-delà des salles de classe. L’école, loin d’être reléguée, garderait selon lui un rôle irremplaçable, celui d’apprendre à « discerner » et à « exercer son esprit critique ». Former un élève, a-t-il résumé, ce n’est plus seulement transmettre un savoir. C’est forger « une intelligence libre, une conscience éclairée et une responsabilité citoyenne ».
Il a enfin rendu un hommage appuyé à l’Ared, l’Ong sénégalaise spécialisée dans l’éducation distinguée lors de cette édition, ainsi qu’à la Fondation Bilingue, pour son soutien à l’enseignement dans les langues nationales. Avant de conclure, en forme d’appel lancé au monde entier : « Depuis Dakar, nous souhaitons bâtir une véritable alliance mondiale des sociétés éducatives ». La conférence se poursuit cette semaine dans la capitale sénégalaise.
mgaye@lequotidien.sn
