A Keur Massar Nord, l’Agence de développement local (Adl) a officiellement lancé hier le programme «Mburu Daara-yi», une initiative ambitieuse qui mêle sécurité alimentaire, formation professionnelle et développement économique local au profit des daaras. Derrière ces boulangeries mobiles inaugurées en présence des autorités administratives, des maîtres coraniques et des populations, se dessine une nouvelle approche de l’accompagnement des talibés : transformer les daaras en espaces d’apprentissage, de production et d’insertion. Entre vision sociale, innovation communautaire et appel à la solidarité nationale, les acteurs du projet entendent désormais faire de «Mburu Daara-yi» un modèle reproductible à l’échelle du Sénégal.
Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – A travers chants religieux, démonstrations de fabrication de pain et prises de parole institutionnelles, la cérémonie d’inauguration des boulangeries mobiles de Keur Massar Nord a pris des allures de lancement d’un projet-pilote à forte portée sociale. Porté par l’Agence de développement local (Adl), sous la tutelle du ministère de l’Urbanisme, des collectivités territoriales et de l’aménagement des territoires, le programme «Mburu Daara-yi» ambitionne de renforcer l’autonomie alimentaire des daaras tout en ouvrant des perspectives économiques aux jeunes talibés. Le projet repose sur une approche intégrée articulée autour de trois piliers : la boulangerie mobile, le champ du savoir agroécologique et un dispositif de formation sociale et technique. L’objectif affiché est clair : garantir une alimentation régulière aux pensionnaires des daaras, former les jeunes à des métiers porteurs et générer des revenus durables au bénéfice des communautés.
Présent à la cérémonie, le responsable de daara Moctar Sylla a salué «une grande vision» portée à travers ce programme qu’il considère comme une réponse concrète aux difficultés quotidiennes auxquelles font face les daaras. Selon lui, ce projet arrive «à son heure», dans un contexte où les charges liées à la prise en charge des talibés deviennent de plus en plus lourdes pour les maîtres coraniques. Il a expliqué que cette boulangerie mobile permettra non seulement de réduire considérablement les dépenses quotidiennes en alimentation, mais aussi de créer une source de revenus durable capable d’améliorer les conditions de vie des pensionnaires des daaras. «Aujourd’hui, nous ne recevons pas simplement une boulangerie, mais un outil d’autonomisation et d’espoir pour nos enfants», a-t-il soutenu devant l’assistance.
Même tonalité chez la Ndèye Daara Adjia Ndoumbé Fall, qui a plaidé pour un accompagnement accru des maîtres coraniques. «Les Serigne daaras sont souvent accusés et critiqués. Il faut leur donner les moyens d’assurer eux-mêmes la prise en charge des enfants», a-t-elle soutenu, appelant à étendre les boulangeries mobiles à l’ensemble des daaras du Sénégal.
Le Directeur général de l’Adl, Diamé Signaté, a pour sa part insisté sur la dimension évolutive du projet. Selon lui, «Mburu Daara-yi» ne doit pas se limiter à la production de pain, mais devenir à terme une véritable dynamique industrielle locale. «Nous souhaitons que les jeunes puissent eux-mêmes fabriquer des fours de boulangerie et développer des compétences techniques créatrices de valeur», a-t-il déclaré. Reconnaissant les limites budgétaires actuelles de l’Adl, le Directeur général a lancé un appel à la solidarité communautaire et aux bonnes volontés pour accompagner l’initiative. Il a notamment cité l’exemple du pavage du site, financé par un habitant du quartier. «Au-delà des moyens, il y a une philosophie et une volonté collective», a insisté Diamé Signaté, plaidant pour une mobilisation de tous les acteurs du développement territorial.
Représentant le ministre Balla Moussa Fofana, M. Keïta a salué un programme qui «dépasse largement la simple fabrication de pain». Selon lui, «Mburu Daara-yi» s’inscrit dans la vision du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, visant à renforcer l’équité entre les différentes formes d’enseignement au Sénégal. «Pendant longtemps, l’Etat a surtout accompagné l’école formelle. Aujourd’hui, il est nécessaire d’accompagner aussi les milliers de jeunes qui apprennent le Coran et souhaitent devenir des citoyens autonomes et utiles à la Nation», a-t-il déclaré. Il a également souligné l’importance de la formation professionnelle intégrée au projet, notamment dans les métiers de la boulangerie et de l’agriculture.
Le programme cible prioritairement les régions du Centre-est du Sénégal confrontées à des situations de malnutrition aiguë. A ce jour, l’Adl revendique déjà douze boulangeries mobiles distribuées et mises en service, ainsi que onze tricycles destinés à la distribution du pain. A Keur Massar Nord, cette inauguration marque le début d’une expérimentation sociale qui entend conjuguer apprentissage religieux, autonomie économique et développement local durable.
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