Deux mois après la rupture consommée avec Ousmane Sonko, le Président Bassirou Diomaye Faye officialise, ce samedi, le lancement de son propre appareil politique. Entre fusion de formations alliées, recrutements ciblés à Pastef et débauchages dans l’Apr, le chef de l’Etat bâtit son bouclier politique en vue des prochaines échéances locales et législatives.

Par B. SAKHO – C’est un virage majeur dans la gouvernance et le paysage politique sénégalais. Ce samedi marque le lancement officiel de la nouvelle formation politique du Président Bassirou Diomaye Faye. Longtemps perçu comme le second du tandem qui avait porté Pastef au pouvoir en mars 2024, le chef de l’Etat scelle définitivement son émancipation. Après le divorce politique et le limogeage de Ousmane Sonko de la Primature en mai dernier, Diomaye Faye s’impose désormais comme le seul maître à bord et se dote d’un appareil politique sur mesure pour accompagner sa vision et consolider son pouvoir.

Pour bâtir ce nouveau géant du paysage partisan, l’entourage du Président a déployé une stratégie de grande envergure. L’ossature du parti repose sur la fusion des entités de la Coalition «Diomaye Président», intégrant divers mouvements de la Société civile, des figures indépendantes et des formations alliées de la première heure. Mais c’est sur le terrain de la recomposition des effectifs que la manœuvre est la plus spectaculaire : fidèle à la dynamique d’adhésion qui entoure la fonction présidentielle, le nouveau parti attire de nombreux cadres, élus et militants de Pastef, déboussolés ou déçus par l’isolement de Ousmane Sonko. Rallier les déçus de l’ancien régime fait également partie de l’équation. Plusieurs figures de l’Alliance pour la République (Apr) de Macky Sall, en quête de recadrage ou de survie politique, rejoignent la dynamique présidentielle. En combinant le socle réformateur de ses alliés, la légitimité de ses anciens compagnons de lutte de Pastef et le savoir-faire institutionnel de transfuges de l’ancienne majorité, Bassirou Diomaye Faye entend structurer une force transversale et ancrée sur l’ensemble du territoire national.

Depuis son accession au pouvoir, le Président souffrait de l’absence d’un parti qui lui fût propre, Pastef restant la chasse gardée de son président, Ousmane Sonko. En créant cette formation, Diomaye Faye répond à une nécessité de gouvernance : un chef d’Etat ne peut régner durablement sans un relais politique inconditionnel à l’Assemblée, dans les collectivités locales et sur le terrain militant. «C’est l’acte de naissance de la Présidence Diomaye dans ce qu’elle a de plus souverain. Il ne s’agit plus de gérer un héritage ou de partager le leadership, mais d’assumer seul le cap fixé aux Sénégalais», note un proche.

La naissance de ce parti intervient à un moment charnière du calendrier politique. Les élections locales approchent à grands pas, et la menace d’une dissolution de l’Assemblée nationale d’ici la fin de l’année se précise. Le nouveau parti présidentiel sera immédiatement jeté dans l’arène : il doit transformer l’essai en investissant les communes et les départements face à un parti Pastef blessé mais combatif, et une opposition traditionnelle qui cherche à se reconstruire. En cas de Législatives anticipées après une éventuelle dissolution de la chambre basse, le Président Faye aura besoin d’une majorité solide et totalement dévouée pour faire voter ses réformes constitutionnelles et budgétaires sans dépendre du jeu des alliances de circonstance.

Quel avenir pour le nouveau parti ?

Le pari est audacieux. S’il réussit à transformer l’élan du pouvoir en implantation populaire durable, Bassirou Diomaye Faye réorganisera durablement l’échiquier politique sénégalais autour d’un présidentialisme assumé. Toutefois, le défi sera de convaincre un électorat exigeant que cette recomposition n’est pas une simple arithmétique de ralliements opportunistes, mais bien le véhicule d’une rupture systémique promise aux Sénégalais. Ce samedi, au moment de dévoiler les couleurs et orientations de sa bannière, le chef de l’Etat jouera la première manche d’un match politique capital pour le reste de son mandat.

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