L’inauguration du nouveau marché central au poisson de Thiès, ce week-end, a été le théâtre d’une mise au point musclée. Devant la ministre des Pêches, Dr Fatou Diouf, le maire de la ville, Babacar Diop, a revendiqué la paternité communale du projet face à ce qu’il perçoit comme une tentative d’éviction de la Ville au profit de la commune de Thiès-Nord. Entre rappel historique et exigences de gestion, l’édile de la Cité du Rail refuse que l’institution municipale soit reléguée au second plan.

Par Cheikh CAMARA – Un projet né de l’initiative locale. Pour le maire Babacar Diop, les faits sont sacrés : si l’Etat a financé le marché central au poisson de Thiès à hauteur de 2, 2 milliards de F Cfa, l’idée, le foncier et la planification appartiennent à la Ville de Thiès. L’édile a rappelé que ce projet a été mûri dès 2014 sous le magistère de son prédécesseur, Talla Sylla, et inscrit dans le Plan de développement de la ville (Pdv) bien avant les alternances politiques récentes. «Le site appartient à la Ville, mis à disposition par une délibération du Conseil municipal», a-t-il martelé, lors de l’inauguration de l’infrastructure dimanche précisant que le partenariat avec l’Etat ne doit en aucun cas occulter l’initiative locale. Pour lui, la présence de l’ancien ministre Alioune Ndoye, lors de la pose de la première pierre en 2022, à ses côtés, scellait déjà ce pacte entre l’Etat et la Ville.

Le spectre de la politisation de la gestion

Le point de friction majeur réside désormais dans l’exploitation de l’infrastructure. Ba­bacar Diop dénonce une «mise à l’écart progressive» de la mairie de Ville au profit de la mairie de Thiès-Nord, dirigée par Mamadou Diakhaté (Pastef).

Déplorant un manque de courtoisie républicaine, le maire a révélé que plusieurs de ses correspondances adressées au ministère sont restées sans réponse. Il met en garde contre toute gestion partisane d’un outil qui a vocation régionale et demande un modèle de gouvernance participatif incluant l’Etat, la Ville et les acteurs du secteur (mareyeurs et transformatrices).

Talla Sylla sort de sa réserve : l’histoire pour témoin

En écho à ces tensions, l’ancien maire Talla Sylla a brisé le silence pour rétablir la chronologie des faits. Il a rappelé l’urgence sanitaire de 2014 qui avait conduit à la fermeture du marché Sahm, déclenchant ainsi le processus de création de ce nouveau joyau de 3200 m².

Talla Sylla a insisté sur la continuité de l’Etat, soulignant que le projet a traversé plusieurs étapes : pour la conception, c’est la Ville de Thiès sous son magistère. Pour le financement, il rappelle qu’il a été obtenu avec l’arbitrage du Président Macky Sall via l’Anam. Alors que le ministère des Pêches a assuré son exécution avant qu’il ne soit inauguré sous l’ère du Président Bassirou Diomaye Faye.

Un enjeu économique majeur

Au-delà des joutes politiques, l’infrastructure représente un espoir immense pour l’économie thiessoise. Avec un investissement de plus de 2 milliards de F Cfa, le marché doit transformer les conditions de travail des acteurs halieutiques et stimuler l’emploi des jeunes. Pour Babacar Diop, seule une gestion rigoureuse et concertée permettra d’éviter le déclin précoce souvent observé dans les infrastructures publiques marchandes du pays.

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