Face au coût exorbitant et à la gourmandise énergétique des infrastructures classiques, les «Solutions fondées sur la nature» (Sfn) émergent comme la réponse idoine aux défis de l’assainissement urbain en Afrique. Lors d’une exposition au Musée Théodore Monod, les experts de l’Ifan ont plaidé pour un changement de paradigme.

Par Amadou MBODJI – L’urgence sanitaire est déclarée. Dans un contexte de croissance démographique galopante, la gestion des eaux usées ne relève plus seulement de l’urbanisme, mais d’une nécessité vitale pour la santé publique. Pour le Dr Nourou Diaby, chercheur et chef du Laboratoire de traitement des eaux usées (Lateu) de l’Ifan Cheikh Anta Diop, la transition vers des solutions alternatives n’est plus une option, mais une exigence économique et écologique.

Le revers de la médaille des stations classiques

Certes, les infrastructures conventionnelles ont fait leurs preuves. Le Dr Diaby cite en exemple la station de Cambérène, à Dakar : «C’est une excellente infrastructure qui produit une eau de très haute qualité.» Cependant, le modèle se heurte à une réalité financière et structurelle complexe. Ces stations de type industriel exigent des investissements initiaux massifs, des coûts de maintenance élevés et, surtout, une consommation d’énergie permanente pour faire tourner les pompes et les aérateurs. Pour de nombreuses municipalités africaines, ce modèle est difficilement soutenable sur le long terme.

Les «Solutions fondées sur la nature» : l’efficacité au moindre coût

A l’opposé de ce modèle «tout-béton», l’Ifan promeut les Solutions fondées sur la nature (Sfn). Le principe est simple : utiliser les processus biologiques naturels pour épurer l’eau. «On parle ici de lagunage ou de filtres plantés», explique le Dr Diaby. Ces systèmes utilisent des plantes aquatiques et des micro-organismes pour dégrader la matière organique. Leurs avantages sont multiples comme l’économie d’énergie, car le système fonctionne principalement par gravité et activité biologique, son faible coût avec moins d’infrastructures lourdes signifie un coût d’investissement et d’exploitation réduit et son impact environnemental du fait que ces zones humides artificielles favorisent la biodiversité et s’intègrent mieux au paysage urbain.

Un enjeu planétaire, une urgence locale

Le constat mondial est sans appel : environ 80% des eaux usées produites sur la planète sont rejetés dans la nature sans aucun traitement. Ce flux polluant contamine les nappes phréatiques, ravage les écosystèmes marins et expose les populations à des maladies hydriques graves. «C’est pourquoi il est impératif de développer des technologies alternatives là où les traitements classiques échouent pour des raisons de coûts», martèle le chercheur.

Dakar-Barcelone : un modèle de coopération décentralisée

L’exposition tenue au Musée Théodore Monod a aussi été l’occasion de célébrer le succès de la coopération entre la Ville de Dakar et Barcelone. Cheikh Guèye, maire et président de la Commission de coopération décentralisée, a salué un «partenariat fécond» qui a permis de former une vingtaine de spécialistes aux techniques d’assainissement durable.

Pour le Professeur Abdoulaye Baïla Ndiaye, directeur de l’Ifan, l’objectif est désormais le passage à l’échelle. Les solutions testées avec succès sur le campus de l’université doivent maintenant sortir des laboratoires pour être reproduites et adaptées dans tous les quartiers. «Nous avons la preuve que ces systèmes fonctionnent. Il s’agit maintenant de renforcer l’accès à un assainissement durable pour tous, en harmonie avec notre environnement», a-t-il conclu.

ambodji@lequotidien.sn