Yoff n’est pas une commune comme les autres. Son histoire, profondément liée à celle de la communauté léboue, lui confère une identité forte et un rapport particulier à son territoire. Mais cette richesse s’accompagne aujourd’hui de défis considérables. La pression foncière s’intensifie, l’urbanisation transforme les équilibres historiques, les besoins en infrastructures augmentent, et les attentes des populations se font toujours plus nombreuses et plus complexes.
Administrer Yoff exige bien davantage qu’une ambition électorale. Il faut comprendre les dynamiques sociales, économiques et culturelles qui traversent la commune. Il faut être capable de préserver un héritage tout en préparant l’avenir. Il faut surtout disposer d’une vision suffisamment solide pour inscrire l’action publique dans le temps long.
Ce que signifie gouverner localement
Dans notre culture politique, l’attention se concentre souvent sur les enjeux nationaux. Pourtant, c’est à l’échelle locale que les citoyens perçoivent le plus directement les effets de l’action publique. L’état des infrastructures, l’aménagement urbain, les politiques en faveur de la jeunesse et des femmes, la qualité du cadre de vie ou encore la cohésion sociale relèvent largement de l’action municipale.
Le maire n’est donc pas seulement un gestionnaire. Il est également un médiateur, un rassembleur et un acteur du développement territorial. André Laignel, ancien maire d’Issoudun, l’a résumé d’une formule restée célèbre : «Le maire est le premier recours et le dernier espoir des citoyens.» Son rôle consiste à faire converger des intérêts parfois divergents vers un projet collectif capable d’améliorer durablement la vie des habitants.
Un homme, une méthode, un programme
Je connais Fary Ndao depuis treize ans. Au fil de nos discussions sur la politique, j’ai appris à apprécier chez lui une qualité devenue rare dans l’espace public : la capacité de penser avant d’agir. Là où beaucoup envisagent le pouvoir comme une finalité, il le considère comme un moyen d’agir sur le réel, de résoudre des problèmes concrets et de contribuer au progrès collectif.
Ingénieur géologue, économiste de l’énergie, écrivain et acteur communautaire, il apporte à son engagement une expertise reconnue et une méthode rigoureuse. Son approche repose sur l’analyse, la planification et la recherche de solutions durables. Il sait que le développement ne se décrète pas. Il se construit à travers des politiques publiques cohérentes, une gestion rigoureuse et une capacité à maintenir le cap malgré les contraintes.
Son programme pour Yoff traduit cette posture en actes concrets, articulés autour de quatre axes, décrits en détail sur le site officiel du mouvement Teewal Yoff.
Le premier concerne le cadre de vie. L’objectif est de faire de Yoff la commune la plus propre et la plus verte de Dakar : reboisement de 100 000 arbres dans les écoles et les espaces publics, installation de points de collecte normalisés avec la Sonaged, réhabilitation du littoral pour y créer des espaces de promenade et de loisirs. Des engagements qui répondent directement aux préoccupations quotidiennes des habitants.
Le deuxième axe porte sur la question sociale : distribution de kits scolaires aux foyers vulnérables, construction de deux crèches municipales à tarifs accessibles pour les parents actifs, mise en place d’un marché hebdomadaire rapprochant producteurs et résidents, et projet de création du second lycée public de Yoff en partenariat avec l’Etat. Des mesures conçues pour alléger les charges que les familles yoffoises supportent souvent sans filet de sécurité.
Le troisième axe concerne la sécurité : cartographie participative des zones à risque, installation de caméras sur les axes stratégiques, déploiement de 3000 lampadaires solaires dans les quartiers peu éclairés. Une approche qui combine diagnostic de terrain et investissement dans des infrastructures durables.
Le quatrième axe touche à l’identité et à la jeunesse : appui aux pratiques culturelles léboues, création d’un musée du patrimoine de Yoff, ouverture d’une Maison de la jeunesse dédiée à la créativité et à la formation. Le programme ne considère pas la culture comme un simple ornement. Il la place au cœur du projet municipal, comme condition de la cohésion sociale.
L’exigence d’une démocratie qui choisit
La route reste néanmoins exigeante. Les appareils politiques traditionnels disposent de réseaux solidement implantés et d’une capacité de mobilisation que la seule compétence programmatique ne suffit pas à contrebalancer. Dans un contexte où les difficultés économiques pèsent sur une part importante de la population, les logiques de redistribution clientéliste continuent d’influencer le comportement électoral. Les candidatures fondées sur la rigueur et le travail de fond ne partent pas avec les mêmes avantages structurels.
C’est pourquoi l’enjeu dépasse la seule personne de Fary Ndao. Il touche à une question que notre démocratie ne peut continuer d’esquiver : quelle place sommes-nous prêts à accorder aux profils qui privilégient la réflexion à la démagogie, la compétence à l’improvisation ?
Un message qui précède le verdict
Une victoire de Fary Ndao enverrait un signal clair : une partie des citoyens est prête à récompenser une autre pratique politique, fondée sur la crédibilité, la méthode et la responsabilité. Mais quel que soit le verdict des urnes, sa candidature porte déjà quelque chose d’utile. Elle rappelle qu’une politique sérieuse est possible, qu’un programme construit sur des faits et des priorités réelles peut exister dans le débat local, et que l’exigence intellectuelle n’est pas incompatible avec l’engagement au service d’une commune.
Les idées transforment rarement les sociétés du jour au lendemain. Elles avancent lentement, s’enracinent progressivement et finissent par redessiner l’horizon commun. A Yoff, les citoyens auront bientôt l’occasion de dire quelle vision ils souhaitent porter pour leur commune. Ce choix leur appartient entièrement.
Par Birane DIOP
