Face à la recrudescence des maladies liées à la restauration de rue et aux produits frelatés, un atelier sous-régional s’est ouvert à Dakar. L’objectif : dynamiser le réseau Infosan pour permettre une alerte rapide et une coordination efficace entre les autorités sanitaires du Sénégal, du Burkina Faso et du Mali.
Par Justin GOMIS – Le constat est alarmant et les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (Oms) donnent le tournis. En Afrique, plus de 91 millions de personnes tombent malades chaque année à cause de produits alimentaires impropres, entraînant 137 000 décès. Ce bilan représente à lui seul un tiers de la mortalité mondiale due aux maladies d’origine alimentaire. Plus grave encore, le continent perd entre 5, 7 et 7, 1 % d’années de vie en bonne santé à cause des diarrhées d’origine alimentaire ou hydrique, contre 4, 1% à l’échelle mondiale.
Et le Sénégal n’échappe pas à cette réalité. Le Pr Amadou Diop, président du Comité national du Codex Alimentarius, a révélé les résultats d’un diagnostic sans concession sur la restauration de rue : «Nous avons identifié de nombreuses faiblesses liées aux modes de préparation, à la qualité des ustensiles et, surtout, aux problèmes d’accès à l’eau potable sur les sites de préparation.» Les cas d’intoxication alimentaire restent une menace quotidienne. Le Pr Diop a notamment rappelé l’épisode récent à Kaffrine, où des consommateurs ont été contaminés par de la mayonnaise vendue dans des boutiques du marché central.
Pour le Dr Mamadou Ndiaye, représentant de la Fao, la situation au Sénégal, au Mali et au Burkina Faso est exacerbée par des systèmes de sécurité sanitaire confrontés à des défis structurels. Le diagnostic souligne plusieurs zones d’ombre : l’inefficience des systèmes d’inspection, l’inadéquation des réglementations face aux risques émergents, la prolifération incontrôlée des aliments vendus sur la voie publique et le déficit d’information et de sensibilisation des consommateurs. Pour inverser la tendance, la Fao et l’Oms misent sur le renforcement du réseau Infosan, un système international d’alerte pour la sécurité sanitaire des aliments. L’atelier de trois jours organisé à Dakar vise à transformer les points focaux de la sous-région en véritables sentinelles.
Le modèle sénégalais, jugé performant, sert de référence. «Au Sénégal, le réseau de communication est fonctionnel. Il existe un point de contact central qui assure le relais avec l’international, doublé de points focaux au sein de chaque direction de contrôle», a expliqué le Dr Ndiaye. Pour accroître leur réactivité, ces agents ont été dotés d’outils de communication modernes, notamment des tablettes.
Le Sénégal face aux failles de la «cuisine de rue»
L’enjeu de cette rencontre est de bâtir un système sous-régional intégré. Qu’il s’agisse de produits d’origine végétale ou animale, l’alerte doit circuler en temps réel entre Dakar, Bamako et Ouagadougou. «Dès qu’une intoxication est signalée, l’information doit être partagée instantanément via Infosan pour que les autorités compétentes puissent prendre les mesures idoines et retirer les produits dangereux du giron commercial», a conclu le Pr Amadou Diop.
En renforçant cette vigilance collective, les trois pays espèrent non seulement protéger la santé publique, mais aussi garantir la sécurité nutritionnelle et booster la crédibilité commerciale de leurs produits agroalimentaires sur le marché mondial.
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