A l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, les spécialistes sénégalais de la pédopsychiatrie se sont réunis pour briser les tabous et clarifier les contours de ce trouble souvent méconnu. Entre nécessité d’un diagnostic précoce et défis liés au coût du traitement, l’objectif reste le même : offrir un accompagnement digne et adapté à chaque enfant pour favoriser son inclusion sociale.
Par Justin GOMIS – A l’instar de la Communauté internationale, le Sénégal a célébré, le 2 avril, la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme. Cette rencontre, qui a réuni spécialistes et parents de patients, a servi de tribune pour informer sur un trouble encore largement mal compris par une frange importante de la population. «C’est une journée décrétée par l’Oms pour sensibiliser le monde entier à cette cause. Aujourd’hui, tous les services de pédopsychiatrie du Sénégal ont fusionné pour célébrer cette journée et communiquer sur ce problème majeur», a expliqué Dr Sala Aïcha Dieng, pédopsychiatre et chef de service à l’hôpital d’enfants de Diamniadio.
Déconstruire les idées reçues
Le premier panel de la journée s’est concentré sur le thème : «L’autisme au-delà des idées reçues : un regard différent.» L’enjeu était de lever les incompréhensions et de dissiper les peurs. Selon Dr Dieng, il est urgent de clarifier le diagnostic : «Actuellement, c’est une pathologie «à la mode». C’est devenu un mot «fourre-tout» où l’on range tout et n’importe quoi. Or, tout n’est pas autisme. Il était essentiel d’expliquer ce qui relève de ce trouble et ce qui n’en relève pas, afin de permettre aux parents et au personnel de santé de mieux accompagner ces enfants.» Comment reconnaître l’autisme ? Contrairement à d’autres pathologies, l’autisme ne présente aucune caractéristique physique visible. Le diagnostic repose exclusivement sur l’observation du comportement. Le Dr Dieng a détaillé les signes cliniques majeurs : difficultés de communication qu’elles soient verbales ou non verbales, troubles de l’interaction sociale comme un enfant qui ne répond pas à son prénom, fuit le regard ou peine à interagir avec ses pairs, comportements répétitifs avec gestes stéréotypés ou intérêts restreints pratiqués de manière régulière et particularités sensorielles : une hypersensibilité au bruit, à la lumière ou une sélectivité alimentaire très marquée.
L’espoir par la prise en charge précoce
Le Dr Dieng a rappelé une réalité scientifique : «On ne guérit pas de l’autisme. On naît autiste et on meurt autiste.» Cependant, elle insiste sur le fait que l’accompagnement change tout. Puisqu’il s’agit d’un «spectre», chaque enfant est unique et nécessite un programme individualisé. Plus le diagnostic est posé tôt, plus les chances d’intégration sont grandes.
Ce constat est partagé par Mme Sarr, une grand-mère dont le petit-fils est suivi à l’hôpital de Diamniadio : «Mon petit-fils a énormément évolué. Il se comporte très bien à présent et fréquente une école de formation où il apprend la poterie, le jardinage et la cuisine. Son passage à l’hôpital a été une véritable chance.»
Malgré ces succès, le coût de la prise en charge demeure un obstacle. «Ce n’est pas une thérapie donnée, car elle nécessite l’intervention de multiples spécialistes (orthophonistes, psychomotriciens, etc.), en plus des médecins», souligne la pédopsychiatre. Toutefois, les parents peuvent s’appuyer sur le service public. Le Dr Dieng a listé les structures de référence disposant de spécialistes qualifiés au Sénégal : le centre Keur Khale yi de l’hôpital de Fann, l’hôpital d’enfants de Diamniadio et l’hôpital psychiatrique de Thiaroye.
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