Plus de 306 000 candidats entament, ce mercredi, les épreuves du Certificat de fin d’études élémentaires (Cfee). Une session charnière marquée par une numérisation majeure du processus, mais surtout par l’application du décret présidentiel supprimant définitivement le Concours d’entrée en sixième. Entre promesse d’équité sociale et crainte de classes surchargées, cette réforme suscite de vives discussions chez les acteurs de l’école.
C’est un véritable marathon pédagogique qui commence. Dès ce mercredi, 306 485 élèves du CM2 dont une nette majorité de filles (56, 64%), se déploient dans 2081 centres d’examen à travers le territoire national et en Gambie. Pour orchestrer cet examen crucial, le ministère de l’Education nationale a mobilisé un dispositif impressionnant : 2081 chefs de centre et autant d’adjoints, plus de 24 520 surveillants et environ 10 405 secrétaires.
Le Directeur des examens et concours (Dexco), Pape Baba Diassé, a précisé que les Forces de défense et de sécurité garantissent la sécurité des centres. Les téléphones portables y sont strictement interdits. Par ailleurs, des épreuves adaptées (braille et formats aménagés) ont été prévues pour les candidats en situation de handicap, et les enfants sans pièce d’état civil ont été autorisés à composer.
Le grand saut de cette édition 2026 réside dans l’innovation technologique. Fini l’attente interminable d’un mois : grâce à la généralisation du dispositif «Cfee dans le centre», la correction, la saisie et les délibérations se feront sur place. L’objectif affiché est de proclamer les résultats en moins de dix jours, notamment par Sms, via la plateforme digitale Anadole, sécurisée par codes Qr.
La fin du Concours d’entrée en sixième : une révolution pour l’équité
La véritable onde de choc de cette fin d’année scolaire reste l’application du décret n°2026-1112, signé par le président de la République Bassirou Diomaye Faye. Ce texte supprime officiellement le Concours d’entrée en sixième, harmonisant enfin le système avec la loi de 2004 qui oblige la scolarisation des enfants de 6 à 16 ans. Selon Pape Baba Diassé, l’ancien système créait une profonde injustice : «Le concours n’était pas fondé exclusivement sur les compétences des élèves, mais surtout sur le nombre limité de places disponibles dans les collèges. Beaucoup d’élèves ayant le niveau étaient exclus faute de capacités d’accueil.»
Sur le terrain, notamment dans les écoles des quartiers de la Médina à Dakar, l’ambiance oscille entre approbation et incertitude. Les enseignants et parents d’élèves confessent un manque de clarté initial sur les modalités, bien que les avis divergent sur le fond. Pour Demba Sarr, parent d’élève et ancien instituteur, la réforme est salvatrice dans son esprit mais «précipitée» dans sa forme : un afflux massif d’élèves dans les collèges, menant à des classes surchargées, le manque d’infrastructures d’accueil, particulièrement en zone rurale où les abris provisoires persistent. M. Sène, un instituteur chevronné, regrette que les critères précis n’aient pas été vulgarisés plus tôt auprès des équipes pédagogiques.
A l’école Mour Diop, d’autres enseignants applaudissent la mesure. Ibrahima Diop rappelle que le niveau ne sera pas bradé : «Le Cfee devient simplement un examen avec un seuil de points à atteindre. Seuls les élèves ayant réellement le niveau passeront.» Son collègue, M. Traoré, insiste sur l’impact social : «Beaucoup d’élèves abandonnaient après plusieurs échecs au concours. En milieu rural, cela touchait particulièrement les filles, qui quittaient l’école pour le mariage.»
Pour lever le flou, la Direction des examens et concours a clarifié la grille de transition. L’accès au collège ne dépend plus d’un quota, mais de critères cumulatifs ou alternatifs : cette refonte majeure s’inscrit directement dans les ambitions du nouveau référentiel des politiques publiques, Vision Sénégal 2050, axé sur la valorisation des ressources humaines et l’élévation de la qualité de l’école républicaine.
