Un cap décisif est franchi dans les poursuites relatives aux événements politiques meurtriers survenus au Sénégal entre 2021 et 2024. A la suite d’une vaste enquête nationale révélant un bilan de 76 morts et plus de 200 victimes de tortures, le procureur de la République de Dakar a officialisé l’inculpation de cinq personnes pour crimes contre l’humanité, tout en contestant devant la Chambre d’accusation, la décision des juges d’instruction d’en laisser trois sous contrôle judiciaire.
Un tournant judiciaire majeur vient d’être franchi dans le traitement des violences liées aux événements politico-judiciaires survenus au Sénégal entre 2021 et 2024. Dans un communiqué de presse rendu public ce vendredi 2 octobre 2026, le procureur de la République près le Tribunal de grande instance hors classe de Dakar a fait le point sur une enquête d’envergure nationale visant des faits susceptibles de revêtir la qualification juridique de crimes contre l’humanité.
Initiée fin juillet 2025 sur instruction des autorités compétentes et confiée à la Section de recherches de la Gendarmerie nationale de Dakar, l’enquête préliminaire menée entre octobre 2025 et septembre 2026 dresse un premier bilan tragique : 76 décès recensés au niveau national dont 41 pour la seule région de Dakar, plus de 200 personnes identifiées comme victimes présumées d’actes de torture ou de traitements inhumains, cruels et dégradants, et 166 personnes (victimes et témoins) déjà auditionnées par les enquêteurs. L’analyse des certificats médicaux et les témoignages recueillis mettent en évidence des indices graves d’assassinat, de persécutions et d’actes de torture à caractère systématique.
Les investigations ont conduit à ce jour à l’arrestation et l’inculpation de cinq personnes, le 23 septembre 2026, pour crimes contre l’humanité, tortures et meurtre : dans l’affaire Pape Abdoulaye Touré, quatre individus sont poursuivis pour leur implication présumée dans des actes de torture exercés sur cet activiste. Dans l’affaire Mamadou Ndoye, un cinquième individu a été inculpé à la suite du décès de ce dernier, mortellement percuté par un véhicule de police à Bargny.
Cependant, le traitement réservé aux inculpés suscite une divergence entre le Parquet et les juges d’instruction. Alors que le procureur de la République exigeait le placement sous mandat de dépôt de l’ensemble des mis en cause, les magistrats instructeurs ont choisi d’en placer deux en détention provisoire, tandis que les trois autres ont bénéficié d’un contrôle judiciaire ou d’une assignation à résidence sous surveillance électronique. Le procureur de la République a immédiatement fait appel de cette décision le 28 septembre 2026.
Vers une vague de nouvelles poursuites
Le Parquet précise que la procédure est loin d’être close. Des commissions rogatoires, réquisitions et délégations judiciaires ont été ordonnées aux juges d’instruction pour faire toute la lumière sur ces événements. D’autres procédures judiciaires seront progressivement ouvertes devant les juridictions compétentes au fur et à mesure que les responsabilités -qu’elles soient exécutives ou décisionnelles- seront formellement établies.
