Face à la décision unilatérale du gouvernement de lancer un recrutement exceptionnel de 2527 enseignants pour la rentrée 2026-2027, le cadre unitaire du G7 a exprimé son rejet catégorique, ce lundi 17 août, lors d’une conférence de presse à Dakar. Les syndicalistes dénoncent la rupture des engagements souscrits en 2024 et fustigent une opération opaque. Selon eux, cette mesure court-circuite les concours officiels pour transformer l’école publique en «déversoir de clientèle politique à l’approche des échéances électorales».
Par Malick GAYE – Le front syndical de l’enseignement réaffirme son opposition fermement ancrée face aux initiatives dérogatoires du gouvernement. Apprenant par les réseaux sociaux la décision des autorités d’enclencher un recrutement dit «spécial» de 2527 enseignants, les leaders du G7 sont montés au créneau pour exiger l’annulation immédiate de la mesure et le retour strict à la voie des concours.
Un engagement républicain violé
Prenant la parole lors de ce face-à-face avec la presse, Aliou Diouf, Secrétaire général du Cusems, a rappelé avec véhémence que le pouvoir central avait fait la promesse solennelle, lors de la dernière opération similaire en 2024, de ne plus jamais recourir à ces mécanismes d’exception. «Le G7 rappelle au gouvernement l’engagement qu’il avait pris en déclarant que le recrutement de 2024 serait le dernier recrutement spécial. L’annonce d’une nouvelle opération en 2026 constitue donc une remise en cause de cet engagement et fragilise davantage la confiance», a martelé Aliou Diouf.
Pour le dirigeant du Cusems, la répétition de ces recrutements (5000 enseignants en 2022, 2000 en 2024 et 2527 aujourd’hui) démontre un défaut chronique de planification. Il pointe également l’incohérence d’une telle démarche alors que le concours officiel des élèves-maîtres est simultanément ouvert sur la plateforme Mirador. Outre le manque de concertation, les syndicats mettent en garde contre la déprofessionnalisation du métier : «On ne peut pas former un enseignant en un mois, ce ne serait pas sérieux», s’est indigné Aliou Diouf, rappelant que l’opération de 2024 s’était caractérisée par une opacité totale, les candidats recevant leurs résultats par simple Sms sans publication de liste officielle.
Les craintes d’un «recasement de clientèle»
Abondant dans le même sens, El Hadji Malick Youm a mis en lumière la coïncidence entre ce recrutement précipité et l’approche des élections locales. Citant le dicton «chat échaudé craint l’eau froide», le responsable syndical a formulé les pires craintes quant à la destination de ces postes accordés hors du cadre légal de la loi 61-33. «Nous avons des craintes légitimes que ce prochain recrutement puisse permettre au gouvernement de recaser de la clientèle politique», a averti El Hadji Malick Youm. Faisant le parallèle avec les erreurs du passé, notamment les quotas sécuritaires, les volontaires et les vacataires, il a rappelé que ces formules au rabais avaient gravement dégradé le niveau du système éducatif. «Cette école est le levier de transformation de notre capital humain. Il n’est pas question qu’on puisse laisser ce secteur servir de déversoir pour la clientèle politique», a-t-il insisté.
S’insurgeant contre cette méthode, Aliou Diouf et El Hadji Malick Youm ont appelé l’ensemble des militants, de la Société civile et des citoyens à se mobiliser pour défendre une école publique équitable, transparente et de qualité.
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