C’est dans les larmes que Rufisque a appris la perte de son icône. Adja Khar Mbaye Madiaga, la belle voix de Teungueth, s’est éteinte ce samedi à l’âge de 87 ans, quelques mois seulement après l’hommage que la ville lui avait rendu en donnant son nom à la Maison des arts et de la culture de la ville.

Par Alioune Badara NDIAYE – La voix de Khar Mbaye Madiaga s’est éteinte à jamais. La grande cantatrice est en effet décédée samedi à l’âge de 87 ans, laissant derrière elle un héritage artistique gravé dans le marbre. Les témoignages ont fusé de partout pour saluer la mémoire d’une digne ambassadrice de la culture sénégalaise. Fatou Mbaye de son nom à l’état civil, Khar Mbaye a commencé dès l’âge de 10 ans à prester lors de manifestations culturelles dans sa ville natale, Rufisque. Cette ville qu’elle chérissait au plus profond de son être, lui a heureusement rendu un hommage anthume. En juin dernier en effet, la Maison des arts et de la culture avait été baptisée de son nom par le Conseil municipal sous la direction du maire Oumar Cissé. C’était la dernière sortie officielle de Adja Khar qui, à l’occasion, avait puisé dans son coeur pour sortir des mots à la hauteur de «la grande reconnaissance» à son égard à travers cet acte. «Un mérite à la hauteur de l’engagement de Khar Mbaye pour son œuvre immense», avait répliqué, avec allégresse, le maire Oumar Cissé. Des historiens tels Pr Mamadou Diouf ou encore Serigne Mbaye, avaient ainsi, lors des panels, survolé l’œuvre artistique de la grande cantatrice pensionnaire du théâtre Sorano à partir de 1964 et membre entre 1970 et 1980 de l’ensemble lyrique traditionnel.

«La beauté physique de Khar Mbaye est un message qui parle», insistait ainsi Pr Mbaye Thiam, évoquant le port vestimentaire de la cantatrice avec le foulard négligemment mis sur la tête, le tatouage à la bouche…«Elle est une gardienne des traditions et du patrimoine», poursuivait l’historien, relevant que les chants de Khar Mbaye pénètrent «spirituellement et artistiquement». Il a encore loué sa fidélité, notamment son amour pour Serigne Babacar Sy et la Tijaniya en général. Pr Mamadou Diouf ayant grandi dans le même quartier que Khar Mbaye (Fass, dans la commune de Rufisque-Nord), revenait de son côté sur quelques titres mythiques de la cantatrice, notamment Aya bimbang, Kaaro Yalla, pour renseigner sur l’ancrage et l’engagement de Madiaga à promouvoir les bonnes valeurs. Un répertoire riche et varié qui doit, selon lui, faire l’objet d’une attention particulière. Mbelelane, elle l’avait chanté, et c’est désormais dans ce cimetière implanté au quartier Dangou qu’elle repose à jamais, après plus de 50 ans de carrière.

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