Eminent professeur de Droit public et figure intellectuelle majeure, Albert Bourgi s’est éteint, ce mercredi 7 janvier 2026 en France, à l’âge de 80 ans. Spécialiste respecté des relations internationales, il laisse derrière lui l’image d’un universitaire engagé qui aura consacré sa vie à l’étude des processus démocratiques en Afrique et à la défense d’une gauche humaniste.
Ce n’est pas le moins connu des frères Bourgi, mais le moins exubérant et visible de la scène médiatique. Mais, c’est un universitaire de haut vol, qui vient de décéder en France. Né à Dakar et membre d’une fratrie dont les noms résonnent entre Paris et l’Afrique subsaharienne, Albert Bourgi s’était distingué par son parcours académique brillant. Professeur agrégé de Droit public, il a enseigné pendant plusieurs décennies à l’Université de Reims ainsi qu’à l’Université Paris-II Panthéon-Assas. Ses travaux sur le Droit constitutionnel et les institutions africaines faisaient de lui une référence incontournable pour les chercheurs et les décideurs.
Une voix singulière et engagée
Contrairement à son frère Robert, associé aux réseaux de l’ombre de la «Françafrique», Albert avait choisi la lumière du débat d’idées. Chroniqueur régulier pour Jeune Afrique et invité fréquent des plateaux de France 24 ou Rfi, il n’hésitait pas à critiquer les dérives autoritaires sur le continent. Très proche de certaines figures du socialisme africain et français, il fut un observateur privilégié, mais exigeant, de la géopolitique mondiale.
Le Professeur Albert Bourgi a marqué le Droit public et la science politique par sa capacité à lier les concepts juridiques aux réalités du terrain africain. Parmi ses contributions les plus notables, on retient : «La politique française de coopération en Afrique.» Un ouvrage de référence où il analysait, avec une rigueur chirurgicale, les mécanismes d’aide au développement et les relations post-coloniales. Aussi, il a publié de nombreux articles et rapports sur l’évolution de l’Organisation de l’unité africaine (Oua) vers l’Union africaine (Ua), plaidant pour une intégration régionale plus forte et plus démocratique. En tant que constitutionnaliste, ses critiques sur les «révisions constitutionnelles opportunistes» (souvent appelées le «troisième mandat») en Afrique de l’Ouest ont fait autorité.
L’hommage du monde académique
Depuis l’annonce de sa disparition hier, les hommages affluent de la part de ses anciens collègues et étudiants qui saluent «la rigueur d’un maître et la passion d’un homme de conviction». Pour beaucoup, Albert Bourgi n’était pas seulement un juriste, mais une passerelle intellectuelle entre deux continents, plaidant inlassablement pour un partenariat France-Afrique fondé sur le droit et la transparence. «Il était la conscience juridique de l’Afrique à Paris», a réagi l’un de ses proches collaborateurs. Ses obsèques devraient se tenir dans l’intimité familiale en France, suivies d’une cérémonie d’hommage à Dakar, sa ville de cœur.
