Face à un «dialogue de sourds» qui dure depuis deux ans et à la dégradation des conditions de travail, l’Intersyndicale Stds-Synatracs hausse le ton. En dénonçant de graves disparités salariales, le non-respect des règles électorales et le manque de vision stratégique de la Direction générale, les syndicalistes annoncent l’ouverture d’une nouvelle phase de lutte.
Par Alioune Badara CISS – La tension est à son comble au sein de la société nationale Aéroport international Blaise Diagne (Aibd Sa). Estimant que l’entreprise a atteint un «tournant dangereux», l’Intersyndicale regroupant le Stds et le Synatracs a annoncé hier le dépôt imminent d’un préavis de grève, conformément à l’article L.272 du Code du travail. Après deux années de négociations infructueuses, les partenaires sociaux estiment avoir épuisé la voie du compromis face à une gestion jugée opaque et défaillante. «Nous avons dialogué. Nous avons négocié. Nous avons attendu. Désormais, nous agissons», a martelé Malick Sène de l’intersyndicale, dans une déclaration de presse adressée aux autorités de tutelle et à l’opinion publique.
Au cœur de la colère syndicale, se trouve l’absence d’élections professionnelles depuis 2018, alors que le mandat des délégués du personnel a expiré en 2021. Malgré une mise en demeure délivrée le 3 août 2026 par l’Inspection régionale du travail fixant une échéance au 20 août, aucune disposition n’a été prise par la direction. L’intersyndicale qualifie ce retard de «défi ouvert à l’autorité de l’Etat».
A cette crise institutionnelle, s’ajoute un malaise social profond lié à la cohabitation de deux régimes conventionnels distincts depuis la dissolution de l’ex-Agence des aéroports du Sénégal (Ads) il y a cinq ans. Selon le collectif syndical, cette situation génère des discriminations intolérables : «Pour des postes strictement identiques, les écarts de rémunération peuvent aller du simple au quintuple.» Les représentants des travailleurs exigent ainsi l’harmonisation immédiate des salaires de base et la généralisation de la retraite complémentaire d’ici la fin du mois de septembre 2026.
Gestion des effectifs, santé et chantiers au point mort
Le climat social est également alourdi par la politique de gestion des ressources humaines sous la direction de Cheikh Mamadou Abiboulaye Dièye. L’intersyndicale pointe du doigt la libération de plus de 200 Contrats à durée déterminée (Cdd) et prestataires, parallèlement à de nouveaux recrutements sans critères clairs et à des impayés bloquants. A titre d’exemple, sept contrôleurs aériens formés à l’Eamac depuis 2024 restent privés de leur diplôme et de leur licence, Aibd Sa n’ayant pas réglé leurs frais de formation.
Sur le plan de la santé, le renouvellement unilatéral, le 31 août 2026, du contrat d’assurance maladie avec la compagnie Saar, jugé insatisfaisant par le personnel, ainsi que la dégradation de l’accès aux soins sur le site de Diass ont ravivé la contestation. Enfin, les syndicats dénoncent l’arrêt de plusieurs chantiers structurants (Mro, Aerocity, aéroports régionaux) et s’interrogent sur les choix financiers de l’entreprise.
Déplorant un «manque croissant de respect et d’écoute», l’intersyndicale met en garde les autorités de tutelle contre une confrontation majeure si des actes concrets ne sont pas posés immédiatement. «La patience des travailleurs a atteint ses limites. Aibd Sa a franchi un seuil dangereux. Un changement de méthode est devenu indispensable», conclut la déclaration.
Si la Direction générale d’Aibd Sa n’a pas encore réagi publiquement à cette sortie, la menace de grève fait planer un risque sérieux de perturbation sur les opérations aéroportuaires de la plateforme stratégique du Sénégal.
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