Le Premier ministre est sorti du silence après les violents affrontements qui ont secoué l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Tout en revendiquant la responsabilité de l’intervention policière pour protéger les infrastructures nationales, Ousmane Sonko a fermement condamné les dérives de certains agents et annoncé des mesures conservatoires. Entre fermeté sécuritaire et empathie envers la jeunesse, le chef du gouvernement tente de désamorcer une crise qui touche au cœur de son socle électoral.

La sécurité des infrastructures avant tout ? S’exprimant sur les incidents ayant conduit au saccage de plusieurs édifices, le Premier ministre a tenu à lever toute ambiguïté sur l’origine de l’opération à l’Ucad durant laquelle Abdoulaye Ba est mort en chutant du quatrième étage, selon le Parquet. «J’ai donné l’ordre de prendre les dispositions nécessaires, et si c’était à refaire, je n’hésiterais pas. Je ne les laisserai pas tout détruire», a-t-il affirmé avec détermination. Pour justifier la présence des Forces de l’ordre, il a rappelé une distinction juridique cruciale : le campus social «ne fait pas partie des franchises universitaires», mais constitue un quartier à part entière. Selon lui, l’Etat agissait sous la menace de renseignements alarmants : «Nous avions des informations selon lesquelles certains voulaient brûler les restaurants, la bibliothèque, et prendre les provisions pour préparer le Ramadan.»

«Un pays se gouverne avec sérénité»

Visiblement touché par la tournure tragique des événements, Ousmane Sonko a partagé son émotion face au décès d’un étudiant, tout en appelant au calme face à l’indignation numérique. «Nous avons profondément mal pour ce qui est arrivé à l’université, surtout avec la mort d’un étudiant. Le lien fort qui me lie à la jeunesse et aux étudiants est connu», a-t-il rappelé. Cependant, il a mis en garde contre la gestion émotionnelle de l’Etat : «Parfois, nous nous laissons emporter par les émotions suscitées par les réseaux sociaux. Mais un pays se gouverne avec sérénité.» Il a également tenu à rassurer sur les intentions de son administration : «Nous n’allons jamais utiliser les pouvoirs contre les Sénégalais.»

Mea culpa, condamnation des abus et enquête

Tout en défendant le principe de l’intervention, le Premier ministre a admis des failles majeures dans l’exécution, pointant notamment le retard à l’allumage des troupes : «Avant leur arrivée, des restaurants avaient déjà commencé à être saccagés.»

Plus grave encore, il a fustigé le comportement de certains éléments sur le terrain, qualifiant les images de violences gratuites : «Nous n’acceptons pas l’usage disproportionné de la force. Un étudiant désarmé malmené par des policiers, des biens matériels comme des motos détruits, ce sont des abus inadmissibles.»

Concernant les suites judiciaires, une enquête est ouverte et des sanctions sont déjà envisagées. Toutefois, le Premier ministre refuse de livrer la police à la vindicte populaire : «Il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau du bain en couvrant d’opprobre la police et la gendarmerie.» Enfin, balayant les critiques de l’opposition, il a dénoncé une lecture politique des événements : «Ils cherchent une chose : savoir si le lien idyllique entre Sonko et les étudiants est toujours d’actualité.» Sa conclusion se veut un gage de dialogue : «Nous allons continuer à être ouverts et à discuter.»