Nommé à la Primature en mai dernier en remplacement de Ousmane Sonko, l’économiste Ahmadou Al Aminou Lô se présentera devant l’Assemblée nationale le mardi 1er septembre pour prononcer sa Déclaration de politique générale (Dpg). Alors que cet exercice républicain vise à exposer la trajectoire du gouvernement, une vive polémique enfle autour du respect des délais constitutionnels et du climat de confrontation entre l’Exécutif et le Pouvoir législatif.

Un rendez-vous constitutionnel sous haute tension ? C’est désormais officiel : les services de communication de la Pri­mature ont confirmé l’adresse du chef du gouvernement devant la Représentation nationale pour le mardi 1er septembre. Consacrée par les articles 55 et 109 de la Constitution, la Déclaration de politique générale (Dpg) constitue le grand oral au cours duquel le Premier ministre présente la feuille de route de son attelage gouvernemental.

Cependant, cette annonce intervient au cœur d’un débat juridique particulièrement vif. Des voix au sein de l’opposition et de la Société civile pointent déjà du doigt ce qu’elles considèrent comme un dépassement des délais implicites prescrits par les textes. Pour ses détracteurs, la tenue de cette Dpg début septembre alimente une nouvelle polémique sur la rigueur du calendrier républicain et le respect des normes institutionnelles. Mais, sa tenue met rapidement un terme à la polémique naissante, surtout dans un contexte de tensions institutionnelles à cause des relations heurtées entre le Parlement et l’Exécutif.

Un technocrate chevronné au gouvernail de «Sénégal 2050»

Agé de 60 ans, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô n’est pas un inconnu de la haute administration publique. Cet économiste de formation, ancien haut cadre de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), a fait son entrée au gouvernement dès avril 2024 en qualité de ministre, Secrétaire général du gouvernement. Il avait ensuite été promu ministre d’Etat chargé du suivi, du pilotage et de l’évaluation de l’Agenda national de transformation «Sénégal 2050».

Nommé le 25 mai 2026 par le président de la République Bassirou Diomaye Faye pour succéder à Ousmane Sonko -désormais au perchoir de l’Assemblée nationale-, Ahma­dou Al Aminou Lô incarne un profil résolument technocratique. Le 1er septembre, il aura la lourde tâche de détailler les orientations stratégiques de l’Etat et de défendre le plan de développement économique et social du pouvoir en place.

Un face-à-face politique sur fond de veto juridique

Ce grand oral s’annonce particulièrement électrique. Le Premier ministre retrouvera au perchoir son prédécesseur Ousmane Sonko, dans un climat politique alourdi par de récents arbitrages institutionnels. La séance se tiendra en effet au lendemain d’une passe d’armes majeure : le Conseil constitutionnel a récemment déclaré irrecevable la proposition de loi portée par le groupe parlementaire de la majorité (Pastef) sur l’encadrement des crédits spéciaux, donnant ainsi raison à la saisine de l’Exécutif à la suite de sa propre saisine des «Sages». Ce qui laisse encore poindre des risques de censure de son gouvernement.

Entre le mécontentement des parlementaires freinés dans leurs réformes, la fronde de la majorité parlementaire, douchée aussi par ses revers au niveau constitutionnel, sur les délais de la Dpg et les exigences économiques d’un budget sous pression, Ahmadou Al Aminou Lô devra déployer toute sa pédagogie et sa maîtrise technique pour convaincre les députés et apaiser les tensions républicaines.