Le Sénégal s’apprête à devenir le premier pays francophone d’Afrique à se doter d’un Plan d’action national sur les entreprises et les droits humains (Pan-Edh).

Hier, mercredi 15 juillet 2026, à l’issue d’un atelier de validation de ses textes constitutifs, la Coalition entreprises et droits humains au Sénégal (Cedh-Sénégal) a été officiellement lancée. A cette occasion historique, 18 syndicats, organisations de la Société civile, chercheurs et défenseurs des droits humains ont signé d’une seule voix la «Déclaration de Dakar», un texte fondateur qui aspire à réconcilier croissance industrielle et justice sociale.

Si le dynamisme du secteur privé sénégalais demeure le moteur incontestable de la création d’emplois et de la transformation structurelle du pays, la «Déclaration de Dakar» rappelle avec gravité que cette course à l’investissement ne peut s’effectuer au détriment de la dignité humaine. Droits du travail bafoués, atteintes graves à l’environnement, précarisation sanitaire ou encore expropriations foncières abusives : les signataires tirent la sonnette d’alarme sur les dérives potentielles d’une libéralisation économique non régulée.

«Nous aspirons à un Sénégal où la croissance et le développement industriel s’inscrivent pleinement dans le respect de l’égalité et de la justice sociale», affirme solennellement la coalition. Portée par des organisations emblématiques telles que la Raddho, le Congad, l’Udts ou encore la Plateforme des femmes pour la paix en Casamance, la coalition entend ériger la transparence et la redevabilité en principes cardinaux.

La déclaration cible de manière très explicite quatre domaines stratégiques nécessitant une vigilance démocratique accrue : les industries extractives, le transport, l’agro-industrie et les grands projets d’infrastructures et d’investissement. Ces secteurs, fers de lance de l’émergence sénégalaise, sont également ceux qui concentrent les plus forts risques de conflits fonciers et environnementaux avec les populations locales. Par ailleurs, la coalition insiste sur l’égalité de genre comme principe transversal, rappelant que les femmes subissent de manière disproportionnée les discriminations et la précarité dans le monde du travail.

Les exigences de la Société civile adressées à l’Etat et aux entreprises

La Cedh-Sénégal fixe une feuille de route sans concession pour les deux parties : à l’Etat de finaliser et adopter sans délai un Plan d’action national ambitieux et inclusif, renforcer les inspections du Travail, protéger les lanceurs d’alerte et garantir un accès effectif à la justice et aux réparations pour les victimes. Et aux entreprises d’imposer une diligence raisonnable sur l’ensemble de leurs chaînes de valeur, respecter scrupuleusement la liberté syndicale et la négociation collective, et mettre en place des mécanismes internes de gestion des plaintes accessibles et efficaces.

Loin d’être un simple manifeste de principes, la «Déclaration de Dakar» dote la Cedh-Sénégal d’outils opérationnels majeurs. La coalition prévoit déjà de produire des rapports indépendants alternatifs, d’exercer un suivi citoyen constant et de mener de grandes campagnes de vulgarisation des principes directeurs de l’Ong à travers tout le pays.

Le Sénégal est désormais placé devant ses responsabilités historiques : prouver à l’Afrique francophone qu’il est possible d’allier prospérité des affaires et respect inconditionnel des droits humains.