Devant un parterre composé d’anciens ministres, de responsables politiques, de juristes et d’acteurs de la Société civile, Bachir Fofana a exposé les conclusions alarmantes de son enquête. L’auteur affirme avoir réuni des centaines de documents pour tenter d’expliquer comment un projet de 92 milliards de F Cfa a pu enregistrer une infime partie de ses objectifs malgré le décaissement effectif de 37 milliards de F Cfa.
Pour Bachir Fofana, l’investigation est partie d’une interrogation simple mais cruciale : «Comment a-t-on pu, dans un marché de 92 milliards de francs Cfa, décaisser 37 milliards (soit 40% du montant global) alors qu’au 19 décembre 2025, seuls 25 villages sur les 1740 annoncés étaient effectivement électrifiés ?» Le journaliste souligne que ce niveau d’exécution technique représente à peine 1, 5% des objectifs initiaux du projet. Il rappelle que l’enveloppe de 37 milliards de F Cfa a été libérée le 11 juin 2024 et déplore que «deux ans après, les résultats annoncés restent largement en deçà des attentes».
Pour étayer ses conclusions et éviter le piège des spéculations, Bachir Fofana a privilégié une démarche strictement factuelle. Son travail s’appuie sur un volume impressionnant de données : plus de 600 pages de documents administratifs, techniques et judiciaires passées au crible, une cinquantaine d’heures de vidéos analysées, regroupant les déclarations publiques des différents protagonistes. «Nous avons examiné les rapports, les décisions de Justice, les communications publiques et les échanges internes. Nous avons rigoureusement vérifié l’authenticité de chaque document avant son exploitation», a-t-il expliqué. L’auteur assure que son ouvrage constitue avant tout «un livre de preuves» destiné à éclairer l’opinion publique sur les mécanismes de ce qu’il qualifie de «crise majeure de gouvernance».
Parmi les zones d’ombre soulevées dans l’ouvrage, la décision de renégocier le marché après l’apparition d’accusations de surfacturation suscite de vives interrogations. «Lorsqu’on considère qu’un marché est surfacturé, la logique voudrait qu’on engage les procédures contentieuses prévues par la loi. Or, dans ce cas précis, on a curieusement choisi la voie de la renégociation», a dénoncé le journaliste, estimant que les justifications avancées cachent de profondes anomalies.
Autre dysfonctionnement majeur pointé par l’auteur : les relations tumultueuses entre l’Aser et l’Arcop. Selon lui, l’autorité contractante aurait délibérément ignoré les requêtes du régulateur. «Pour la première fois dans l’histoire de ce pays, une autorité contractante refuse de déférer aux injonctions d’un régulateur», a-t-il soutenu devant l’assistance.
L’enquête ne ménage pas non plus le parcours judiciaire du dossier. Bachir Fofana affirme avoir identifié plusieurs anomalies procédurales concernant l’examen de l’affaire devant la Cour suprême. Il s’interroge notamment sur les conditions de saisine de certaines juridictions, ainsi que sur la nature des décisions rendues. Selon l’analyste, ces manquements ont transformé un dossier initialement technique en une véritable crise institutionnelle.
Au-delà des batailles juridiques et des chiffres vertigineux, l’auteur a tenu à rappeler le coût social de cette gestion. «Derrière les chiffres, il y a des réalités humaines : des villages qui attendent désespérément l’électricité, des maternités privées d’équipements adaptés, des activités économiques locales totalement freinées et des forages en panne», a-t-il martelé. Pour Bachir Fofana, l’enjeu dépasse le cadre technique des marchés publics pour toucher directement à l’égalité citoyenne, à la justice territoriale et au développement du monde rural.
Conçu comme une contribution majeure au débat public, Aveu signé, daté et envoyé se veut un plaidoyer vibrant pour une gestion vertueuse des deniers publics. «L’accès à l’énergie est un droit fondamental et un levier de développement. Ce livre est une alerte, mais aussi un appel pour une République plus rigoureuse, plus transparente et plus fidèle à sa parole», a conclu l’auteur.
La cérémonie de présentation s’est achevée par des échanges nourris avec un public d’experts, de juristes et de professionnels des médias, tous conscients que cet ouvrage vient de jeter un pavé dans la mare de l’un des dossiers les plus controversés de l’histoire récente de l’électrification rurale au Sénégal.
