1, 5 million d’enfants hors du système, des effectifs d’enseignants déficitaires et des grèves persistantes : le tableau dressé par la Cosydep pour la deuxième année du pouvoir en place est sombre. Face au risque imminent d’une année scolaire «chaotique» en 2026, l’organisation appelle à une mobilisation citoyenne urgente pour sauver l’école publique d’une crise structurelle majeure.

Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – La Coalition des organisations en synergie pour la défense de l’éducation publique (Cosydep) tire la sonnette d’alarme. Dans un document de bilan consacré à la deuxième année du régime en place, l’organisation met en lumière «un contraste marqué entre des ambitions politiques affichées et des réalités de terrain préoccupantes».

Une analyse sans concession qui interpelle autant les autorités que les partenaires sociaux.

Sur le volet de l’accès à l’éducation, la situation reste critique. «Près de 1, 5 million d’enfants sont encore hors du système éducatif», souligne la Cosydep, évoquant également un déficit d’enseignants et un faible taux de préscolarisation estimé à 25, 2%. Plus inquiétant encore, le taux de scolarisation à l’élémentaire poursuit sa baisse. «Il est passé de 85, 9% en 2020 à 82, 2% en 2024», note l’organisation, qui dénonce des inégalités persistantes entre zones rurales, sous-équipées, et zones urbaines, con­fron­tées à la surcharge des classes.

Concernant la qualité, les réformes engagées peinent à produire des résultats probants. Certes, «la création des Lynaqe et la suppression du concours d’entrée en sixième constituent des avancées», reconnaît la Cosydep. Mais elle insiste : «Les performances restent faibles à tous les niveaux d’enseignement.» A cela s’ajoutent les lenteurs dans la résorption des abris provisoires et des «dysfonctionnements structurels permanents» qui continuent d’affecter l’école publique.

Sur le plan de la gouvernance, le tableau est tout aussi nuancé. «Des signaux d’ouverture sont notés», notamment à travers le dialogue avec les acteurs et la signature d’un pacte de stabilité. Toutefois, «les syndicats ne se sentent pas suffisamment engagés», re­grette la coalition. Elle pointe également l’absence de données actualisées et la persistance des grèves, qui «secouent fortement le secteur».

Mais c’est surtout l’année 2026 qui suscite les plus vives inquiétudes. «Le spectre d’une année blanche ou invalide plane sur le système éducatif», alerte la Cosydep. Elle rappelle les précédents de 1988 et 1994, marqués par de graves perturbations scolaires. «Le bras de fer entre le gouvernement et les enseignants se fait au détriment des élèves», déplore-t-elle, dénonçant un conflit où «le droit à l’éducation est relégué au second plan».

Face à cette situation, l’organisation appelle à une réaction immédiate. «L’heure est à la mobilisation citoyenne pour exiger un compromis», plaide-t-elle. Elle recommande au gouvernement d’«annuler les ponctions salariales et d’appliquer les accords», tandis qu’elle invite les syndicats à «suspendre les grèves et accepter un plan de rattrapage».

Au-delà de l’urgence, la Cosydep insiste sur la nécessité d’une refondation en profondeur du système éducatif. «Il faut transformer les intentions en résultats concrets», conclut-elle, appelant à une approche globale, proactive et mieux encadrée. Car, prévient-elle, «le Sénégal ne peut se permettre une nouvelle rupture qui entacherait durablement son avenir».

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