La session 2026 des examens nationaux s’achève sur des taux de réussite historiques : 94, 49% au Cfee, 83, 05% au Bfem et 55, 01% au Baccalauréat. Cependant, le rapport d’analyse croisée publié par la Cosydep nuance cette euphorie statistique. Entre la poussée spectaculaire des académies rurales, la dépendance massive aux épreuves de rattrapage et le décalage persistant des filières scientifiques, le système éducatif sénégalais révèle d’importants défis de qualité et d’équité.
Pour la première fois depuis 2019, les trois examens certificatifs atteignent leur sommet simultanément la même année. Le Cfee enregistre un bond spectaculaire de +23, 8 points par rapport à 2025, atteignant 94, 49% de réussite. Une progression record qui s’explique en grande partie par la suppression historique du concours d’entrée en sixième, faisant du Cfee un examen exclusivement certifiant. Toutefois, la Cosydep invite à la vigilance quant à la qualité réelle des acquis. Au Bfem (83, 05% de réussite globale), près de 30 points sont gagnés grâce aux épreuves du second groupe (rattrapage). La situation est similaire au Baccalauréat (55, 01%), où plus d’un admis sur deux (50, 9%) a dû passer par le rattrapage. De plus, la rareté des mentions «Très bien» au Bac (0, 3% seulement des admis) confirme que cette hausse est poussée par le volume plutôt que par l’excellence.
L’analyse géographique bouscule les idées reçues sur la suprématie de la capitale. Un «axe oriental de l’excellence» s’impose désormais : des académies de l’intérieur comme Matam, Kédougou, Kolda et Tambacounda figurent constamment aux avant-postes, avec des résultats au Bfem dépassant les 92 à 96%.
A l’inverse, les grands bassins scolaires urbains et périurbains (Thiès, Pikine-Guédiawaye, Rufisque) souffrent de la surcharge des effectifs et se retrouvent sous la moyenne nationale au collège. Dakar illustre un parcours singulier en «U» : très performante au primaire, la capitale décroche au Bfem (13ᵉ rang sur 16) avant de reprendre la première place au Baccalauréat (67, 14%), portée par la concentration de ses grands lycées d’excellence. Les écarts territoriaux, modérés au primaire, s’amplifient fortement au fil du cursus.
Paradoxe de genre et déficit scientifique : les défis de la Vision 2050
Sur le plan de l’équité, les filles confirment leur dynamique de présence massive, représentant près de 61% des candidats au Baccalauréat. Si elles surclassent légèrement les garçons au Cfee et au Bfem, leur taux de réussite passe sous celui des garçons au Baccalauréat (53, 4% contre 57, 6%). Ce paradoxe s’explique notamment par leur forte présence dans les séries littéraires (L1/L2) dont les taux de réussite globaux sont plus bas.
C’est là l’un des freins majeurs identifiés pour les ambitions nationales : 82, 9% des candidats au Bac présentent une filière littéraire, contre seulement 15, 5% pour les séries scientifiques et techniques. Et ce, malgré des taux de réussite bien plus élevés dans les filières scientifiques (97, 9% en S1, 84, 9% en S2).
Face à ces constats, la Cosydep formule sept orientations stratégiques. La coalition appelle à dépasser la mesure brute des taux de réussite pour adopter un pilotage par des indices de performance globale, d’équité et de résilience. Elle recommande l’établissement de plans de remédiation ciblés pour les académies prioritaires en difficulté (Kaffrine, Sédhiou, Diourbel, Pikine-Guédiawaye, Louga), la sécurisation des parcours scolaires pour limiter l’érosion des effectifs entre le primaire et le lycée, ainsi qu’une politique incitative forte pour réorienter les élèves vers les filières scientifiques dès le collège.
