Entre 2025 et mi-2026, l’Etat du Sénégal a engagé plus de 2532, 8 milliards F Cfa à travers 32 conventions de prêt publiées par le ministère de l’Economie, des finances et du plan. Cette mobilisation de ressources sans précédent alimente quatre priorités nationales majeures : le renforcement massif du capital humain (éducation et santé), la souveraineté agricole, la transition énergétique et la modernisation des infrastructures publiques. Répartis entre crédits concessionnels à long terme et financements commerciaux de trésorerie, ces fonds ciblent en priorité l’éducation, la campagne arachidière, le réseau gazier et la mobilité urbaine.

Par Bocar SAKHO – Entre le 1er janvier 2025 et le 25 juillet 2026, l’Etat du Sénégal a engagé plus de 2532, 88 milliards de F Cfa à travers 32 conventions de prêt. Publiées dans un souci d’exhaustivité et de transparence par le Ministère de l’économie, des finances et du plan (Mefp) sur son site, ces ressources traduisent un arbitrage ciblé au profit du capital humain, de l’indépendance agricole, de la transition énergétique et des infrastructures durables. Les données consolidées par la Direction générale des financements et de la dette (Dgfd) témoignent d’une intense activité de mobilisation de ressources, dominée en volume évidemment par l’exercice 2025 (2199, 53 milliards F Cfa), complétée par 333, 35 milliards F Cfa au cours des sept premiers mois de l’année 2026.

L’analyse transversale regroupe les conventions de prêt selon quatre grandes priorités nationales, notamment l’éducation, la formation et la santé. L’Etat a consenti un effort dans le secteur éducatif avec plus de 1349 milliards F mobilisés en 2025 auprès de Bsic Mali pour la construction et l’équipement de 46 lycées, 46 collèges et 46 écoles élémentaires, complétés par 62 milliards F dédiés à la résorption des abris provisoires. Le volet santé s’est renforcé en 2026 avec le projet PforR Naatangue 2030 (54, 9 milliards F via l’Ida).

Plus de 223 milliards F ont été mobilisés pour soutenir directement la filière arachidière et la Sonacos à travers la Badea, le Fopepd et l’Itfc. Des crédits syndiqués majeurs auprès de Standard Chartered Bank (347, 6 milliards F au cumul 2025-2026) sécurisent en parallèle les approvisionnements stratégiques et le développement des chaînes de valeur agricoles. La transformation énergétique s’illustre par le financement du réseau de transport de gaz naturel (Segment nord) via la Bis (30 milliards F) et la Boad (50 milliards F). L’électrification rurale (Puelec) se poursuit dans 1000 localités. S’y ajoutent la modernisation des communications des Forces de sécurité (Boad, 40 milliards F) et la dépollution avec l’émissaire en mer de la Baie de Hann (7, 5 milliards F).

Les 4 piliers d’investissements stratégiques

Le cadre de vie urbain bénéficie du Projet de mobilité urbaine durable à Dakar (Ida, 57, 8 milliards F) et du réseau de vidéo-protection (Boad, 30 milliards F). L’Etat renforce également la viabilité des finances publiques (Ida, 66, 4 milliards F) et la trésorerie d’entreprises clés (Air Sénégal pour 20 milliards F, Bhs pour 20 milliards F).

L’architecture de ces crédits combine deux logiques complémentaires : un socle concessionnel long terme (maturités jusqu’à 25 à 40 ans chez l’Ida, l’Afd, la Bad ou l’Ico) avec des périodes de grâce allant de 5 à 10 ans, préservant la viabilité de la dette extérieure à long terme. Il y a en outre des facilités commerciales de court/moyen terme (maturités de 11 mois à 3 ans) destinées au financement des campagnes agricoles saisonnières et à la gestion active des besoins immédiats de trésorerie. Il faut noter, selon le ministère des Finances, que la signature d’une convention déclenche l’engagement juridique du bailleur mais ne constitue pas l’encours effectif de la dette, déterminé ultérieurement par les décaissements réels dans le cadre de l’exécution budgétaire.

En publiant les tableaux de bord de ses nouvelles conventions de crédit, le gouvernement du Sénégal réaffirme «son exigence de transparence financière». Avec 1044, 2 milliards F Cfa levés à l’extérieur et 1488, 6 milliards F Cfa souscrits sur le marché intérieur, ces emprunts traduisent «un arbitrage stratégique» combinant soutien de court terme à l’économie et investissements structurants à long terme pour essayer de relancer une machine économique grippée depuis plus de deux ans.

bsakho@lequotidien.sn