Prévenir la corruption par l’éducation. C’est l’ambition affichée par le ministère de l’Education nationale et l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac), à travers la signature d’une convention visant à intégrer progressivement l’éducation à l’intégrité, à l’éthique, et la prévention de la corruption dans le système éducatif sénégalais. Le processus, officiellement lancé hier, devrait aboutir à une institutionnalisation de cette démarche à l’horizon 2028.

Par Badé SECK – La cérémonie de signature a été l’occasion pour le président de l’Ofnac, Moustapha Ka, de rappeler le rôle déterminant de l’école dans la formation du citoyen. «L’école transmet les savoirs et, en même temps, elle forme nos enfants à devenir des citoyens libres», a-t-il souligné. A ses yeux, l’apprentissage de l’intégrité ne saurait se réduire à la transmission de principes théoriques. Il doit se traduire par des comportements et des pratiques au quotidien. Respect des règles, sens de la responsabilité, attachement au bien public, honnêteté et transparence doivent ainsi être inculqués dès le plus jeune âge.

Pour le président de l’Ofnac, la convention avec le ministère de l’Education nationale marque une étape importante dans un processus engagé depuis plusieurs années. L’objectif est notamment de mettre à profit les expertises des deux institutions : au Men, la maîtrise des curricula et des approches pédagogiques ; à l’Ofnac, l’expérience en matière de prévention de la corruption et de sensibilisation citoyenne. Le premier jalon concret sera l’atelier de production des séquences pédagogiques, prévu du 5 au 7 octobre.

Prenant la parole à son tour, le ministre de l’Education nationale, Moustapha Mamba Guirassy, a inscrit cette initiative dans la transformation globale du système éducatif. Pour lui, la lutte contre la corruption ne peut reposer uniquement sur le contrôle et la sanction. Elle doit également s’appuyer sur la prévention, laquelle «commence par l’éducation». Le ministre estime que les effets de la corruption dépassent largement les pertes financières. Ils touchent également la confiance dans les institutions et le pacte social. D’où la nécessité, selon lui, de construire, dès l’école une culture fondée sur le mérite, la justice, la responsabilité et le respect du bien commun.

Dans cette perspective, l’éducation à l’intégrité ne devrait pas constituer une matière supplémentaire. «Il s’agit de faire en sorte que l’intégrité, la responsabilité, la justice, le respect du bien public et la citoyenneté irriguent progressivement les apprentissages, les pratiques pédagogiques et la vie de l’établissement», a indiqué Moustapha Mamba Guirassy. Cette orientation rejoint, selon le ministre, la nouvelle vision portée par son département pour une transformation humaniste de l’éducation. L’école ne doit plus seulement transmettre des connaissances et délivrer des certifications. Elle doit également «transmettre du sens» et contribuer à former des citoyens capables de discernement, conscients de leurs droits et de leurs devoirs.

La démarche entend également placer les acteurs du système éducatif face à leur responsabilité. Le ministre a particulièrement insisté sur le rôle des enseignants dont les comportements peuvent constituer un véritable apprentissage de l’intégrité. Une évaluation menée avec équité, une règle appliquée de manière impartiale ou encore la reconnaissance du mérite constituent, selon lui, autant de pratiques qui permettent de transmettre concrètement les valeurs de justice et de probité. Cette exigence d’exemplarité concerne aussi les institutions. «Nous ne pouvons pas demander à l’école d’enseigner l’intégrité sans être exigeants dans notre pratique», a martelé le ministre. Transparence, équité, traçabilité et redevabilité doivent ainsi progressivement s’inscrire dans le fonctionnement de l’Administration.

La transformation numérique peut également contribuer à cette dynamique. Selon Moustapha Mamba Guirassy, lorsqu’ils sont correctement conçus et utilisés, les outils numériques peuvent renforcer la traçabilité des procédures, faciliter l’accès à l’information et améliorer la redevabilité de l’administration. Mais, a-t-il rappelé, la technologie reste avant tout un outil : «La base, ce sont les hommes qui mettent en avant des valeurs de transparence, de performance et d’inclusion.»

Le processus lancé devra désormais permettre de définir les contenus, les approches pédagogiques, les modalités de formation des enseignants et autres accompagnants, ainsi que les mécanismes de suivi. La démarche devra tenir compte de l’âge des apprenants, des réalités des établissements et des besoins des enseignants.

Au-delà de l’école formelle, le ministre a également appelé à intégrer cette réflexion dans les dispositifs d’éducation non formelle. Car l’ambition affichée dépasse les seuls établissements scolaires : il s’agit de faire émerger progressivement une véritable culture de l’intégrité au sein de la société. «L’intégrité est une responsabilité collective», a rappelé le ministre de l’Education nationale, qui a invité l’ensemble des acteurs du système éducatif, mais aussi les parents, à prendre leur part dans ce chantier.

A l’horizon 2028, le Men et l’Ofnac ambitionnent donc de franchir une nouvelle étape avec l’institutionnalisation de l’éducation à l’intégrité et à la prévention de la corruption dans le système éducatif.

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