Pour sortir le Sénégal de la dépendance pluviométrique et garantir une

production agricole sur toute l’année, l’Etat engage un vaste programme

d’aménagement hydraulique et de mécanisation. Faisant le bilan de sa

tournée nationale au cours d’un point de presse, le ministre de

l’Agriculture, Cheikh Oumar Bâ, a dévoilé une série de mesures

d’accompagnement historiques : exonération de Tva sur les équipements,

déploiement de centaines de forages solaires et un plan de riposte de 7

milliards F Cfa au profit des éleveurs et agriculteurs touchés par la

sécheresse.

Par Alioune Badara NDIAYE – Entre juillet et septembre, le Ministre de l’agriculture, de la souveraineté alimentaire et de l’élevage (Masae), Cheikh Oumar Bâ, a effectué une tournée dans 13 régions du pays dans le cadre de la campagne agricole 2026-2027.

Autour d’un point de presse organisé jeudi à la Sphère ministérielle, il est revenu

sur les constats, enseignements et orientations à l’issue de la tournée nationale

ayant concerné toutes les régions excepté Dakar.

Lors de l’exercice dénommé «Retours de terrain», M. Bâ a mis en avant

l’impérieuse nécessité d’asseoir une agriculture sur toute l’année dans la volonté affichée d’atteindre la souveraineté alimentaire. «Pour sortir de la dépendance pluviométrique, le gouvernement engage un virage vers la maîtrise de l’eau», a-t-il fait comprendre. Il a, dans cette voie, annoncé la réhabilitation et la construction de 208 forages à travers le pays en 2026, ainsi que la réalisation de 79 forages solaires en 2026-2027 dans 11 régions, dans le cadre du programme Far. M. Bâ a aussi fait cas d’un programme de 100 forages solaires au profit de 50 coopératives pour irriguer 5000 hectares.

Le Masae a aussi annoncé l’acquisition de 600 motopompes, la valorisation des

forages pastoraux (Podor, Dagana, Matam) et le curage des axes hydrauliques

dans la vallée du fleuve Sénégal. «Afin de moderniser l’équipement, l’Etat va

acquérir 500 tracteurs et 500 motoculteurs d’ici la fin de l’année. Sur le plan

fiscal, une mesure historique a été prise le 17 juillet 2026 par arrêté conjoint

avec le ministère des Finances : l’exonération totale de Tva sur l’ensemble du

matériel, des aménagements et des prestations agricoles et d’élevage», a-t-il

ajouté.

Les conséquences de la dépendance pluviométrique se sont en effet fait sentir

cette année, avec une situation pluviométrique fortement contrastée ayant

impacté les rendements dans certaines zones. «D’après les relevés des 14

directions régionales de la Dapsa, le déficit affecte le Centre, l’Est, des poches

du Nord-est, et de manière très localisée le Sud, bien que la pluviométrie

globale y soit supérieure à l’an dernier. Des pertes de récoltes sont déjà

enregistrées dans 6 communes du département de Koungheul, ainsi qu’à Lour

Escale, Dianké Souf, Koumpentoum», a-t-il listé.

Le ministre déplore aussi des pauses pluviométriques de 2 à 3 semaines qui ont

frappé le Centre-est et le Nord du pays, et ayant impacté le maïs, l’arachide et le

riz pluvial en phase de floraison. «La situation reste correcte à l’échelle

nationale sur les 25 mille villages et 556 communes rurales du pays. La hausse

des superficies cultivées permettra de compenser les baisses de rendement

localisées. De plus, les prévisions de l’Anacim annoncent des pluies tardives au

cours de la deuxième semaine d’octobre, qui sauveront les semis tardifs de riz et

de coton, malgré le risque d’inondations localisées sur les récoltes en cours», a

mentionné le Masae.

Il a annoncé un plan de réponse à hauteur de 7 milliards francs dédié aux acteurs

de l’élevage touchés par l’urgence climatique. 14 mille tonnes d’aliments de

bétail ciblant 356 000 bovins, 398 000 ovins et 537 000 caprins vont être

distribuées dans ces zones. Les pauses pluviométriques ont en fait provoqué un

déficit fourrager marqué et des départs précoces en transhumance. «Pour les

ménages agricoles impactés, des semences gratuites de niébé et de pastèque,

ainsi que des vivres de soudure sont déployés via le Registre national unique»,

a-t-il noté.

Sur la question des intrants, le ministre Bâ s’est félicité d’un taux effectif de près

de 99% sur l’ensemble du territoire. «Un calendrier rigoureux exigeait la mise

en place de 85% des intrants au 10 juillet et 100% au 31 juillet, et l’objectif a

été atteint (…) Les enlèvements d’engrais Npk auprès des Industries chimiques

du Sénégal ont atteint 107 mille tonnes, soit une hausse de 15% par rapport à

l’année précédente», a-t-il magnifié, rappelant que les engrais et amendements

représentent 60% de la subvention totale, dont 90% sont destinés aux petits

producteurs.

Le Masae a fait savoir que des indemnisations à hauteur d’au moins 20% des

pertes seront versées par la Cnaas, dès le 20 octobre, dans les zones sinistrées.

Cela concerne 900 mille producteurs et éleveurs (dont un tiers de femmes) pour

un capital assuré de 28 milliards F Cfa, grâce à une subvention d’Etat de 1, 3

milliard F Cfa prenant en charge 50% des primes. Il a noté des performances

solides pour la pomme de terre avec une production pour 2026 de 250 000

tonnes, couvrant 11 mois de consommation nationale. «L’évaluation définitive

des rendements sera arrêtée d’ici la fin du mois d’octobre», a-t-il fait savoir.

abndiaye@lequotidien.sn