Par Justin GOMIS – Les nuages s’amoncellent au-dessus de la boulangerie sénégalaise, et l’horizon s’assombrit pour les consommateurs. Le secteur traverse une crise profonde que les professionnels n’ont cessé de signaler. «Depuis deux ans, nous alertons, nous documentons la crise, mais nous faisons face à un mur de silence», a dénoncé hier Amadou Gaye, Coor­donnateur national des boulangers, lors d’une conférence de presse réunissant les présidents d’associations régionales.

Le grief principal des boulangers repose sur un décalage intenable : l’Etat impose le maintien du prix de la baguette à 150 F Cfa, alors que les coûts de production explosent. Selon la Fnbs, les engagements gouvernementaux en matière de mesures d’accompagnement sont restés lettre morte. «Nous exprimons notre indignation face à l’asphyxie économique programmée de notre secteur. La fixation du prix à 150 francs sans accompagnement réel, face à la flambée des intrants, plonge nos entreprises dans une impasse», a fustigé Ama­dou Gaye.

Cette situation met en péril plus de 2500 boulangeries et des milliers d’emplois à travers le pays. Entre factures d’électricité exorbitantes, hausse du prix de la levure et des améliorants, raréfaction de la farine et difficultés d’approvisionnement en diesel, les boulangers affirment aujourd’hui travailler à perte.

L’exigence d’une «vérité économique»

Pour la Fnbs, l’heure n’est plus aux demi-mesures. Les professionnels réclament une application de la «vérité économique» : soit un ajustement du prix du pain à la réalité du marché, soit une compensation financière immédiate et massive par l’Etat. Pour rappel, le gouvernement avait fait passer le prix de la baguette de 190 grammes de 175 francs à 150 francs, promettant des compensations qui se font toujours attendre.

Un appel à l’arbitrage du sommet de l’Etat

Refusant l’«extinction silencieuse» de leur métier, les boulangers sollicitent désormais l’arbitrage direct du sommet de l’Etat. Ils demandent la tenue urgente d’un Conseil interministériel impliquant les départements du Commerce, des Finances, de l’Energie, de l’Intérieur et de la Formation professionnelle. La participation de la police et de la gendarmerie est également souhaitée pour réguler les circuits informels qui fragilisent le réseau légal. «Nous ne voulons pas la confrontation, mais un dialogue sincère suivi d’effets immédiats», a prévenu M. Gaye. Si rien n’est fait, la Fnbs n’exclut pas de mettre en branle un plan d’actions national qui pourrait paralyser la production et la distribution de pain sur l’ensemble du territoire.

justin@lequotidien.sn