Réunis pendant deux jours pour repenser le rôle de l’enseignement supérieur dans le développement régional, les universitaires d’Afrique de l’Ouest ont clôturé leurs travaux sur un appel fort. Soulignant la dépendance de la recherche locale vis-à-vis des financements extérieurs, le Recteur de l’Agence universitaire de la Francophonie (Auf), Pr Slim Khalbous, a invité le continent à s’emparer de la «diplomatie scientifique» pour bâtir un partenariat rééquilibré et souverain avec l’Europe.
Par Justin GOMIS – Les rideaux sont tombés sur les travaux de la 4e Conférence des recteurs de l’Afrique de l’Ouest (C2r). Au terme de deux jours de réflexion, les universitaires sont parvenus à des conclusions marquant un tournant décisif. De manière unanime, ils ont affirmé que l’université ouest-africaine doit s’imposer comme le pilier de la souveraineté scientifique et le moteur du développement économique des Etats de la sous-région. Saisissant l’opportunité de la cérémonie de clôture, Pr Slim Khalbous, Recteur de l’Agence universitaire de la Francophonie (Auf), a lancé un plaidoyer en faveur d’un concept encore trop peu exploité : la diplomatie scientifique.
«Celui qui finance oriente, celui qui paie décide»
«Il y a un concept incontournable aujourd’hui dans le monde que nous n’avons pas suffisamment évoqué durant ces deux journées : la diplomatie scientifique. Elle a pris une place considérable dans la coopération internationale. Vous devez en être absolument conscients, sinon l’Afrique va voir le temps passer sans être de la partie», a-t-il averti.
Pour le patron de l’Auf, les universitaires africains doivent s’interroger sur la fixation des priorités scientifiques dans les pays du Sud. Cette question conditionne non seulement l’avenir de la recherche, mais aussi l’autonomie économique, technologique, sociale et culturelle des nations. «Dans la plupart des pays du Sud, la recherche dépend très largement des financements extérieurs.
L’Afrique n’échappe pas à cette réalité. Chacun sait que celui qui finance oriente, celui qui paie décide, et celui qui a une vision claire négocie mieux», a-t-il martelé, ciblant notamment la relation euro-africaine.
Pour répondre à cette préoccupation majeure, le Pr Slim Khalbous estime que la diplomatie scientifique constitue un levier vers un partenariat plus équilibré et pérenne. «A l’Auf, nous y croyons. La diplomatie scientifique doit permettre un rééquilibrage dans la relation Europe-Afrique, pour qu’un partenariat gagnant-gagnant devienne enfin une réalité au service des intérêts réciproques, et non une simple déclaration d’intention.»
Selon lui, cette ambition exige que chaque partie prenne ses responsabilités : «L’Europe a tout intérêt à ne pas voir le fossé de développement se creuser davantage. Une Afrique forte et souveraine est un partenaire de choix, tant sur le plan économique que géopolitique. De son côté, l’Afrique doit être proactive. En affirmant sa souveraineté et en imposant ses priorités, elle garantira une collaboration plus équitable.»
Définissant le concept, le Recteur de l’Auf a rappelé que la diplomatie scientifique est «l’art de mobiliser la science au service de la politique étrangère». Il s’agit d’articuler l’expertise des chercheurs avec la prise de décision politique pour faire de la connaissance un outil de puissance lors des négociations internationales et un levier de développement (agriculture, santé, éducation).
Passer de la réflexion à l’action
Outre ce plaidoyer, la conférence s’est achevée sur une série de résolutions portant sur la valorisation de la recherche, l’innovation, le renforcement de l’employabilité des diplômés et la synergie entre les universités et le secteur privé. Passant le relais aux nouveaux organes dirigeants, Pr Charlemagne Igué, nouveau président de la C2r, s’est engagé à traduire ces orientations en actes : «Le temps de la réflexion doit désormais céder la place au temps de l’action. L’action est attendue dans l’élaboration d’une nouvelle vision centrée sur l’employabilité, l’entrepreneuriat, la recherche et l’innovation.» Il a assuré que son équipe enclencherait dès les prochains jours la mise en œuvre de la feuille de route issue de cette 4e édition.
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