Le torchon brûle entre la direction de la Senelec (et l’Etat du Sénégal) et la Convergence syndicale des travailleurs de la Senelec (Csts), qui regroupe le Sutelec, le Sudeten, le Syntes et le Sycas. Dans une déclaration au vitriol publiée ce jeudi 9 juillet, les syndicalistes, sous la houlette de figures fortes comme Habib Aïdara (Secrétaire général du Sutelec), sonnent la mobilisation générale face à ce qu’ils qualifient de «tentative de régression sociale». Au cœur du conflit : le gel de la Prime sur le résultat annuel bénéficiaire (Prab), un avantage historique acquis de haute lutte.
Pour la Csts, le non-versement de la Parb sous prétexte de dégrader des ratios financiers ou de critères d’endettement est une «interprétation opportuniste et un prétexte inacceptable». Habib Aïdara et ses camarades rappellent avec force que cette prime repose sur un seul principe immuable : la réalisation d’un résultat bénéficiaire certifié par les commissaires aux comptes et approuvé par le Conseil d’administration. «Les acquis sociaux des travailleurs ne sont ni négociables, ni sacrifiables, ni confiscables», martèle l’intersyndicale.
S’appuyant sur la législation sociale et l’article 4 de la Convention collective nationale interprofessionnelle, les syndicats rappellent que la «généralité», la «constance» et la «fixité» de cette prime en font un avantage juridiquement intouchable.
L’Etat indexé : plus de 650 milliards de créances dues à la Senelec
Balayant d’un revers de main l’argument des difficultés financières pour justifier le blocage, la Csts refuse que les agents servent de «variable d’ajustement». Pour l’intersyndicale, si les finances de la Senelec sont sous tension, la responsabilité est à chercher ailleurs, notamment du côté des énormes arriérés de l’Etat et d’autres partenaires : plus de 182 milliards de F Cfa dus par l’Etat au titre de la consommation de l’Administration, des collectivités et de l’éclairage public ; 391 milliards de F de compensations tarifaires non payées par l’Etat ; 60 milliards de F de créances liées aux exportations d’électricité ; 9 milliards de F dus par les concessionnaires d’électrification rurale ; et 18 milliards de F entièrement supportés par la Senelec suite à la baisse des tarifs décidée par le gouvernement en 2025. «Vouloir faire supporter aux travailleurs les conséquences de créances non recouvrées ou d’engagements non honorés par d’autres acteurs relève d’une flagrante injustice», dénonce le communiqué.
Bien qu’affirmant rester ouverts au dialogue social, Habib Aïdara et les trois autres secrétaires généraux de la Csts préviennent que la riposte sera «proportionnelle à la gravité des attaques». Un plan d’action national, qui débute dès ce jour, a été décrété : publication officielle de la déclaration de guerre sociale hier, suivie le lundi 13 juillet d’un port de brassards rouges par tous les agents sur l’ensemble du territoire national et d’une conférence de presse. Sans oublier que le mardi 14 juillet 2026, il est prévu une grande Assemblée générale à la Cour de Vincens (siège de la Senelec) où les quatre secrétaires généraux transmettront le mot d’ordre final.
L’intersyndicale appelle les travailleurs à l’union et à la fermeté : «Nos acquis ne se mendient pas, ils se défendent. Restons mobilisés, restons solidaires, restons déterminés.» Le gouvernement et la direction de la Senelec sont prévenus : le secteur de l’énergie entre dans une zone de fortes turbulences.
