2025 misères, 2026 attentes !

Par Bocar SAKHO – La victoire est un sommet, mais elle est aussi un précipice pour ceux qui perdent de vue l’horizon. Elle aurait pu poser les jalons d’une éthique de la responsabilité qui tranche avec les mauvaises pratiques supposées du passé. Avant 2024, le message était pourtant clair : l’accession aux responsabilités n’est pas la fin de la résistance, elle en est la métamorphose. Hier, le «patriotisme» de Pastef se mesurait à la capacité de braver l’oppression. Maintenant, il aurait dû se juger à la capacité de refuser le privilège et à éviter de solder des comptes.

L’Exécutif à deux têtes : le frein politique

Aujourd’hui, le pays est à l’épreuve du duel au sommet de l’Exécutif en expérimentant une gestion à deux têtes, qui est train de devenir un frein politique. Le Sénégal traverse en ce mois de décembre 2025 une zone de turbulences inédite. Alors que le gouvernement a lancé en août dernier son Plan de redressement économique et social (Pres), adossé à la vision «Sénégal 2050», l’ambition de transformation systémique se heurte à une réalité brutale : une crise d’autorité et de cohabitation au cœur même du pouvoir. L’efficacité de toute politique économique repose sur la stabilité institutionnelle. Or, l’année 2025 a été marquée par des tensions répétées entre le Président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko.

Conflit de leadership : des épisodes de désaccord public sur la direction de la coalition et sur la marge de manœuvre du gouvernement ont fuité. En juillet et novembre 2025, le pays a assisté à un «bras de fer» symbolique pour le contrôle de l’appareil politique.

Paralysie décisionnelle : cette dualité crée un sentiment d’incertitude. Le Premier ministre réclame plus de pouvoirs pour appliquer les réformes radicales promises, tandis que la Présidence tente de maintenir un équilibre institutionnel. Malgré ce climat lourd, le Président Faye multiplie les signaux de reprise. Sa récente tournée économique en Casamance (décembre 2025) vise à relancer les grands chantiers et à prôner la réconciliation nationale.

Le Plan de relance est une nécessité mathématique, mais sa réussite dépend d’une variable politique encore instable. Sans une clarification définitive de la relation entre le Président et son Premier ministre, le pays risque de voir ses ambitions de souveraineté économique (vision 2050) se dissoudre dans les querelles de palais.

Groupe avenir communication, l’aube d’une mutation

C’est un pays au milieu d’un tumulte, qui s’étire vers l’aube d’une année remplie d’angoisses et d’incertitudes. Au Groupe avenir Communication, nous n’avons pas été non plus épargnés par les coups du destin comme de nombreux Sénégalais. Certains ont espéré que le crépuscule allait tomber sur le groupe. Mais, c’est l’aube d’une mutation qui s’annonce. Ces derniers mois, Le Quotidien traverse sans aucun doute la tempête la plus sévère de ses deux décennies d’existence. Longtemps considéré comme le «poil à gratter» des régimes successifs -ou, selon ses détracteurs, comme un relais d’influence stratégique-, le groupe fondé par Madiambal Diagne joue désormais sa survie sur plusieurs fronts : judiciaire, financier et éditorial. Grâce aux différents collaborateurs, aux chroniqueurs, aux annonceurs et lecteurs, le journal a nagé ou même surnagé au milieu d’un océan agité. Les courants marins brassés par des mains… visibles ont secoué les fondations. Solides, elles ont résisté à des assauts répétés contre le groupe : il y a eu les gels des conventions, de la publication, des comptes de l’entreprise. Et pour précipiter tout le monde dans le précipice, il s’en est suivi la tentative d’arrestation du fondateur du titre suivie d’un mandat d’arrêt international, l’incarcération de Serigne Saliou Diagne, notre administrateur, et des membres de la famille Diagne, à savoir Mme Diagne et Mouhamed. Ces deux derniers sont toujours retenus en détention. Pensées à eux en cette fin d’année.

Ce changement d’époque, dicté en même temps par les circonstances, pose une question de fond : le groupe peut-il conserver son Adn de «journalisme de combat» ? Sans doute ! Le Quotidien restera un contre-pouvoir constructif et non un bastion de l’opposition comme l’insinuent certains détracteurs.

L’avenir du groupe ne se jouera pas seulement dans les tribunaux, mais sur le terrain de la pertinence éditoriale à laquelle tout le monde reste attaché dans cette rédaction. Dans un Sénégal où la consommation d’information migre massivement vers le numérique et les réseaux sociaux, le modèle «papier» est devenu vulnérable. Donc, le virage numérique est devenu inéluctable pour tous les médias. La survie passera par la poursuite de la transformation digitale profonde en cours, loin des régies publicitaires d’Etat qui ont été taries par le pouvoir actuel. L’avantage avec le régime de Pastef ? Tous les secteurs économiques sont à un tournant. Soit ils réussissent leurs mutations, soit ils risquent de devenir une relique d’une époque révolue. Celle d’entreprises qui gravitaient autour des cercles de pouvoir traditionnels. 2026 sera l’année du verdict : la résilience va triompher. Bonne et heureuse année à toutes et tous !

NB : Pour marquer une innovation éditoriale, le journal de fin d’année que vous tenez entre vos mains a été signé par les chroniqueurs de la rédaction. Autant de collaborateurs extérieurs, qui donnent à la publication une plus grande profondeur d’analyse tous les jours. Merci à eux !

bsakho@lequotidien.sn