Devant un parterre de personnalités réunies au Grand Théâtre national de Dakar, le président de la République a célébré les 100 ans du «Pape du Sopi». En érigeant Me Abdoulaye Wade au rang de patrimoine national, Bassirou Diomaye Faye a délivré un discours empreint de solennité et de sagesse, articulé autour des notions de patience, de respect de l’adversaire et de primauté de la Nation. Un plaidoyer vibrant pour l’apaisement du jeu politique sénégalais.

Par Justin GOMIS – L’enceinte du Grand Théâtre national de Dakar a vibré, ce jeudi, au rythme des valeurs républicaines et de la transmission intergénérationnelle. En présidant la cérémonie officielle de lancement des festivités du centenaire de Me Abdoulaye Wade -en présence de sa fille Sindiély Wade, ainsi que d’éminentes autorités politiques, diplomatiques et religieuses-, le chef de l’Etat, Bassirou Diomaye Faye, a transcendé les clivages partisans. Pour lui, le constat est limpide : «Wade n’appartient plus au Pds seul, ni à ceux qui l’ont aimé, ni même à ceux qui l’ont combattu. Il appartient au patrimoine de la Nation.»

Loin d’une simple contemplation passive du passé, le Président Faye a invité la jeunesse sénégalaise à s’approprier la trajectoire du patriarche à travers trois vertus cardinales. Il y a d’abord la persévérance contre la dictature de l’immédiat : à une époque dominée par l’illusion de la facilité, Bassirou Diomaye Faye a d’abord exalté la patience de l’opposant historique. «Rien de durable ne naît dans la précipitation», a rappelé le chef de l’Etat, soulignant que les causes les plus justes s’inscrivent dans le temps long. La vie de Me Wade incarne, selon lui, cette vérité rude et noble de l’homme politique capable de rester debout et de garder le regard fixé sur l’horizon, même lors­que les compagnons de route, découragés, désertent les rangs.

Il y a ensuite le respect de l’adversaire : «On peut vaincre sans humilier.» Revenant sur les décennies de combat de Me Wade -marquées par la prison, les procès et l’exil-, le président de la République a insisté sur l’élégance démocratique de «Gorgui». Derrière le tribun combatif, se cachait un homme courtois, à l’image de ce jour de campagne électorale où Abdoulaye Wade s’était déplacé pour saluer la mère de son rival, le Président Abdou Diouf. «Vous nous avez appris que l’adversaire d’un jour n’est pas un ennemi, et qu’il peut même devenir le partenaire du lendemain. On peut s’opposer sans se déchirer et se succéder sans se détruire (…) l’adversaire d’aujourd’hui n’est pas un ennemi. C’est un compatriote avec lequel il faudra continuer d’habiter en paix dans la même maison-Sénégal», a lancé Bassirou Diomaye Faye. Cette philosophie a trouvé son apogée lors de l’alternance pacifique de l’an 2000, une page glorieuse écrite par deux hommes d’Etat. Saluant le geste de Diouf acceptant sa défaite et celui de Wade recevant la victoire sans esprit de revanche, le Président Faye a martelé : «La démocratie n’est pas un butin que l’on arrache, c’est une flamme que l’on se passe de main en main.»

Il rappelle que le «pouvoir doit se transmettre exclusivement par la volonté populaire et non par la force» : «Quatre défaites (78, 83, 88 et 93) auraient brisé un homme ordinaire. Lui en fit des marches vers la victoire», rappelle-t-il pour saluer sa persévérance : «Faire de la patience une forme haute du courage, car il est plus difficile d’attendre sans faiblir que de céder à l’emportement d’un jour. A la jeunesse, à qui notre époque promet sans cesse que tout est facile et que tout est dû, cette vie enseigne une vérité plus rude et plus belle : que rien de durable ne naît dans la précipitation, et que les plus justes causes sont presque toujours les plus patientes.»

Diomaye : «On peut s’opposer sans se déchirer, et se succéder sans se détruire»

Le chef de l’Etat a également retracé le parcours intellectuel hors norme du centenaire, depuis l’école William Ponty jusqu’à son double doctorat en Droit et en économie, rappelant son engagement dès 1956 au premier Congrès des écrivains et artistes noirs. Pour le Président Faye, cette intelligence supérieure n’a jamais servi une ambition purement personnelle, mais a toujours été mise au service du génie africain. Saluant le pari constant de Me Wade sur l’éducation (des cases des tout-petits aux universités), il a magnifié ce refus viscéral du misérabilisme : «Jamais le Président Wade n’a admis qu’un peuple pauvre fût condamné à penser étroitement. […] Là où d’autres voyaient des dépenses, il voyait des semailles.»

Un message politique fort pour le Sénégal d’aujourd’hui

Au-delà de l’hommage historique, ce discours résonne comme un appel pressant à l’apaisement du climat politique actuel. En affirmant avoir appris de Wade «qu’on peut tenir bon sans se durcir, et continuer d’aimer profondément un pays qui parfois vous éprouve», Bassirou Diomaye Faye, qui salue «un homme de combat, jamais de rancune et jamais prisonnier du pouvoir», pose les jalons d’une gouvernance basée sur la résilience et le dépassement des rancœurs.

Le président de la Répu­blique a conclu son allocution par une formule qui sonne comme une règle d’or pour la classe politique contemporaine : «Vous nous avez appris qu’aucune querelle, si vive soit-elle, ne mérite que l’on déchire le pays qui nous est commun. Rien de durable ne naît dans la précipitation.» Un message d’unité nationale, de tolérance et de maturité démocratique dans un contexte politique de tensions avec son ex-Pm, salué par une standing ovation sous les yeux de Idy, Mbackiou Faye, des anciennes figures du Pds et d’autres partis présents au Grand Théâtre qui regarde le Musée des civilisations où il avait prévu de réaliser les 7 merveilles de Dakar avant de chuter en 2012.

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