A l’occasion de la 146e édition de l’Appel de Seydina Limamou Laye, qui s’est ouverte hier à Cambérène, la communauté layène a vibré au rythme de la ferveur religieuse. Sous le signe de la «solidarité islamique face aux défis actuels», le coordonnateur de l’événement, Seydina Issa Thiaw Laye, a lancé un plaidoyer vibrant pour une entraide concrète, fustigeant au passage l’immobilisme financier et la pression sociale nourricière de l’émigration clandestine.

Par Amadou MBODJI – C’est une marée blanche qui a déferlé hier sur Cambérène. Devant le mausolée de Seydina Issa Rohou Laye, les fidèles, portés par des chants et des zikrs lancinants, ont célébré l’ouverture de la 146e édition de l’Appel, en présence du Khalife général, Mouhamadou Lamine Laye. Au cœur de cette communion, le message porté par le coordonnateur de l’Ap­pel, Seydina Issa Thiaw Laye, s’est voulu à la fois spirituel et résolument pragmatique.

Sortir la solidarité de la théorie

Pour le coordonnateur, la solidarité ne doit plus se limiter à des concepts abstraits. «La solidarité doit être une réalité tangible que les populations ressentent au quotidien», a martelé Seydina Issa Thiaw Laye. Puisant dans l’héritage doctrinal de Seydina Limamou Laye, il a rappelé que l’entraide est le ciment indispensable des rapports humains.

Face aux crises contemporaines, l’orateur a invité le monde musulman à une introspection sur sa puissance économique. Il a souligné le paradoxe de nations disposant de ressources naturelles et financières colossales, mais dont l’influence sur l’échiquier mondial reste limitée faute d’une véritable synergie communautaire.

La finance et la pauvreté en question

Abordant les causes structurelles de la précarité, Seydina Issa Thiaw Laye a pointé du doigt la thésaurisation. Selon lui, l’argent «parqué» dans les banques sans être réinjecté dans l’économie réelle, ne fait qu’accentuer la pauvreté et fragiliser les nations. Il appelle ainsi à un investissement productif et éthique, capable de générer de la richesse pour le plus grand nombre.

Le drame de l’émigration : le poids de la pression sociale

L’un des moments forts de son discours a concerné l’émigration irrégulière. Loin des analyses simplistes, le coordonnateur a pointé la responsabilité des familles. Il a dénoncé cette «pression familiale» asphyxiante qui pousse les jeunes vers les pirogues de la mort.

«Cette quête de réussite à tout prix est alimentée par la comparaison constante avec ceux qui ont réussi socialement. On pousse l’enfant à l’aventure pour construire une maison ou acquérir des privilèges, sans mesurer les risques encourus», a-t-il déploré.

Après l’étape spirituelle de Ngor, les célébrations se poursuivent aujourd’hui à Yoff. Cette seconde journée, marquée par des moments de recueillement intenses, s’achèvera par la traditionnelle cérémonie de clôture, point d’orgue de ce rendez-vous majeur de l’agenda religieux sénégalais.

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