Alors que Dakar accueille le Séminaire régional de l’Association des contrôleurs d’assurances (Aica), Amar Kébé, président de la Fédération des assurances du Sénégal, livre un diagnostic sans complaisance du secteur. Entre chocs macroéconomiques, périls climatiques et révolution numérique, il appelle à une mutation profonde du métier d’assureur pour restaurer la confiance et protéger les populations.
Le secteur de l’assurance est à la croisée des chemins. C’est le constat lucide dressé par Amar Kébé, Directeur général d’Axa Assurance et président de la Fédération des assurances du Sénégal, lors du Séminaire régional de l’Aica. Cet événement d’envergure, qui réunit des contrôleurs venus de 24 pays francophones, anglophones et lusophones, place la surveillance et l’adaptation au cœur des débats.
Pour Amar Kébé, l’assurance est, par essence, une activité exposée : «Nous exerçons un métier sensible. L’assurance est la première à subir les chocs économiques. Dans un monde marqué par d’importantes instabilités macroéconomiques, nous sommes en première ligne.» Cette vulnérabilité impose, selon lui, une régulation stricte et régulière au bénéfice exclusif des assurés. Dans ce contexte, la mission de l’assureur doit évoluer pour intégrer de nouvelles menaces. «Au-delà des risques classiques, nous voyons émerger des risques climatiques et géopolitiques. Notre métier est de gérer le risque que les clients nous transfèrent ; nous devons donc nous adapter très rapidement à ces changements», insiste-t-il.
Digitalisation et nouveaux usages
La transformation du secteur passe inévitablement par la révolution numérique. La digitalisation n’est plus un luxe, mais une nécessité pour répondre à l’évolution des comportements des consommateurs. Pour Amar Kébé, la question n’est plus de savoir si ces changements s’imposeront, mais à quelle vitesse les assureurs sauront les intégrer pour rester pertinents. Cette mutation nécessite une collaboration étroite et consensuelle avec les autorités de régulation afin de concilier innovation technologique et sécurité des usagers.
Malgré une position honorable dans la sous-région, le taux de pénétration de l’assurance au Sénégal reste faible. Amar Kébé pointe deux obstacles majeurs : dans des foyers aux revenus limités, l’assurance est souvent perçue comme accessoire face aux besoins vitaux. Pour le facteur culturel, la solidarité traditionnelle africaine fait souvent office de couverture sociale informelle, freinant l’adoption des produits d’assurance. Pour inverser la tendance, le levier principal reste la confiance. «L’assurance repose sur une promesse d’indemnisation. Le respect de cet engagement, par des remboursements rapides et efficaces, est la seule clé pour crédibiliser le secteur auprès des populations et des autorités», martèle-t-il.
En écho à ces défis, Mamadou Dème, directeur des Assurances au ministère des Finances et du budget, a souligné les avancées du Sénégal en matière de risques climatiques. Le pays est l’un des pionniers de la mutualisation panafricaine des risques. «Un pays seul ne peut faire face à l’ampleur des catastrophes climatiques. Grâce à ce mécanisme, le Sénégal a déjà été indemnisé à deux reprises (4, 5 milliards puis 9 milliards de F Cfa) pour soutenir les éleveurs et agriculteurs touchés par la sécheresse ou les inondations», explique-t-il. Ce système, basé sur des données satellitaires, permet un déclenchement automatique et rapide des secours, illustrant parfaitement l’assurance de demain : technologique, solidaire et réactive.
Les travaux des experts, entamés le 20 avril dernier, se clôturent ce vendredi 24 avril, marquant une étape décisive pour l’harmonisation du contrôle des assurances sur le continent.
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