A l’issue d’un marathon budgétaire ce lundi 29 décembre, la Commission des finances a validé la seconde Loi de finances rectificative (Lfr 2) de l’année 2025. Face à une croissance révisée à 7, 8% et une baisse des recettes de 137, 8 milliards de F Cfa, l’Etat sénégalais opère un réajustement stratégique de 6227 milliards de F Cfa. Entre la régularisation de 213 milliards de décrets d’avance pour l’éducation et la santé, et la mise en conformité avec la nouvelle architecture gouvernementale, ce texte se veut le garant d’une «gestion transparente et réaliste» des deniers publics à l’aube de 2026.

Réunie ce lundi 29 décembre 2025, la Commission des finances et du contrôle budgétaire a examiné et adopté, à la majorité, le projet de loi n°22/2025 portant seconde Loi de finances rectificative (Lfr 2) pour l’année en cours. Entre impératifs de transparence et ajustements techniques, le gouvernement a défendu un budget révisé à 6227 milliards de F Cfa en dépenses.

Le ministre des Finances et du budget, Cheikh Diba, a présenté ce second correctif budgétaire comme une manifestation de l’engagement de l’Etat à rendre compte de la gestion des ressources publiques avec rigueur. Trois facteurs principaux justifient cette révision : l’évolution de la conjoncture économique, la nécessité de régulariser des dépenses urgentes et, surtout, la mise en conformité du budget avec la nouvelle architecture gouvernementale issue du décret du 6 septembre 2025.

Le ministre a rappelé que la fusion de certains ministères, comme celui du Travail et de la fonction publique, ainsi que la création du ministère des Infrastructures, exigeaient une réallocation des crédits pour assurer la cohérence budgétaire.

Une croissance réajustée et des moins-values de recettes

Le contexte macroéconomique a également pesé sur les décisions du gouvernement. La croissance du Pib pour 2025 a été revue à 7, 8%, contre les 8, 8% initialement prévus. Cette baisse d’un point s’explique essentiellement par un ajustement dans le secteur des hydrocarbures.

En conséquence, le projet de loi constate une baisse des recettes budgétaires internes et externes estimée à 137, 8 milliards de F Cfa. Pour maintenir l’équilibre, le gouvernement a dû procéder à une révision à la baisse des projections de dépenses. Le déficit budgétaire est désormais projeté à 7,82 % du Pib, avec l’objectif d’atteindre le critère de convergence de l’Uemoa de 3% d’ici 2027.

Priorités sociales et régularisation des «décrets d’avance»

Un point majeur de cette Lfr2 concerne la régularisation de cinq décrets d’avance d’un montant total de 213, 4 milliards de F Cfa. Ces fonds ont été mobilisés en cours d’année pour répondre à des urgences nationales, notamment : le fonds de calamité pour 8 milliards de F Cfa, l’achèvement de la polyclinique de l’hôpital Principal de Dakar (12, 44 milliards F Cfa), la construction de 46 lycées, 2500 salles de classe et d’autres infrastructures éducatives (plus de 90 milliards F Cfa cumulés).

Par ailleurs, de nouveaux besoins urgents à hauteur de 56, 8 milliards de F Cfa ont été intégrés pour sécuriser des dépenses incompressibles, telles que les bourses des étudiants (11, 8 milliards F Cfa), la dette due aux repreneurs des universités (9, 6 milliards F Cfa) et l’alimentation des Forces de défense et de sécurité (5, 2 milliards F Cfa).

Des débats animés sur la procédure d’urgence

Si une partie des commissaires a salué l’ingéniosité du gouvernement dans la mobilisation des ressources sur le marché régional malgré la dégradation de la note souveraine du pays, d’autres ont exprimé des réserves. Certains députés ont regretté l’examen d’un texte aussi crucial en procédure d’urgence, estimant que le délai était insuffisant pour un contrôle approfondi. Ils ont également alerté sur le recours jugé excessif aux décrets d’avance, pouvant affecter la sincérité budgétaire.

En réponse, le ministre a rassuré les commissaires sur la gestion de la campagne de commercialisation de l’arachide, annonçant des lignes de financement négociées avec les partenaires et un pool bancaire pour soutenir les producteurs et la Sonacos. Le projet de loi sera prochainement soumis au vote de l’Assemblée plénière.