L’Autorité de régulation de la commande publique (Arcop) ambitionne de transformer les marchés publics en un véritable levier de création d’emplois. Grâce à un nouveau guide élaboré avec l’appui de l’Oit, l’institution souhaite systématiser les clauses sociales en faveur des jeunes, des femmes et de la main-d’œuvre locale.

Par Amadou MBODJI – Généraliser le recours à la main-d’œuvre locale dans les critères des marchés publics : tel est le défi porté par le Directeur général de l’Arcop, le Dr Moustapha Djitté. Pour illustrer la faisabilité de cette démarche, ce dernier cite l’exemple de deux grands projets d’infrastructures majeurs : le Train express régional (Ter) et le Bus rapid transit (Brt), qui intègrent déjà ces dispositions. «A ce stade, il n’existe pas encore d’indicateurs globalisés. En revanche, plusieurs projets intègrent déjà des critères précis dans leurs dossiers d’appel d’offres», explique le Directeur général.

«C’est le cas du Ter, où il a été prévu que les travailleurs recrutés pour certains chantiers soient majoritairement Sénégalais. Le projet Brt comporte également des clauses imposant le recrutement local pour tous les emplois pouvant être pourvus sur place.» Selon le Dr Moustapha Djitté, ces expériences-pilotes démontrent que les critères sociaux ont pleinement leur place dans les dossiers d’appel d’offres. «L’enjeu est désormais de massifier cette pratique afin que la Commande publique contribue pleinement à la création d’emplois durables», souligne-t-il.

Un levier économique de taille

Cette ambition a été réaffirmée à l’hôtel Noom de Dakar, lors de l’atelier national d’examen et de validation du Guide de promotion des dispositions favorables à l’emploi dans la Commande publique. Une rencontre qui traduit la volonté des acteurs du secteur de maximiser l’impact des investissements publics. «L’Etat mobilise des ressources considérables pour réaliser ses projets. Ces investissements génèrent nécessairement de l’activité. Notre rôle est de créer les conditions pour maximiser le nombre d’emplois créés et assurer leur pérennité», soutient le Dg de l’Arcop. Au-delà des chantiers, le Dr Djitté estime que l’administration doit elle-même renforcer ses compétences en recrutant et en fidélisant des spécialistes de la Commande publique pour fluidifier et optimiser les procédures.

L’autre priorité reste l’encadrement des pratiques des entreprises attributaires. L’intégration de critères sociaux renforcés vise à garantir le respect strict de la législation sociale, des conditions de travail décentes et d’une rémunération conforme aux normes. Signe de cette évolution, ces questions, autrefois cantonnées au droit social, sont désormais arbitrées lors du traitement des recours et intégrées dans la réforme des documents-types de passation des marchés. «Nous révisons actuellement nos dossiers-types pour que le respect des obligations sociales devienne une exigence non négociable pour les opérateurs économiques», prévient le Dr Moustapha Djitté.

Cibler la jeunesse et les femmes

De son côté, Mme Samira Daoud, directrice du Bureau pays de l’Organisation internationale du travail (Oit) pour le Sénégal, précise que ce guide adopte une approche volontariste. L’objectif est d’aller au-delà des emplois induits mécaniquement par les marchés publics pour stimuler la création d’emplois décents. Elle souligne que l’enjeu est de permettre en priorité aux femmes, aux jeunes et aux Pme locales de capter les opportunités économiques de la Commande publique. Un avis partagé par M. Amadou Bèye Ndiaye, directeur de Cabinet du ministre de l’Emploi et de la formation professionnelle et technique. Saluant l’initiative, il rappelle que l’Etat injecte chaque année plus de 1000 milliards de francs Cfa dans l’économie nationale.

Dès lors, une question centrale s’impose : combien d’emplois sont réellement générés par chaque franc public investi ? C’est précisément à cette interrogation que tente de répondre ce nouveau guide, conçu pour transformer l’investissement public en moteur de développement social.

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