Malgré les tensions nées en marge de la finale de la Coupe d’Afrique des nations (Can), Dakar et Rabat choisissent la voie de la sagesse. Entre félicitations sportives et gestion diplomatique des incidents, les deux nations réaffirment la solidité de leur axe historique. Au-delà des protocoles habituels, le gouvernement sénégalais a déployé une communication de crise ciblée pour freiner l’escalade des tensions.

Par Justin GOMIS – Le sport doit rester une fête, et la diplomatie un pont. C’est, en substance, le message porté par les autorités sénégalaises au lendemain de la finale de la Coupe d’Afrique des nations 2026, alors que fleurissent parfois sur la toile des messages passionnés. Dans un communiqué officiel publié le 19 janvier, le gouvernement du Sénégal avait tenu à saluer la «parfaite organisation» du tournoi par le Royaume du Maroc, rendant hommage à la qualité des infrastructures et à l’hospitalité marocaine.

Un succès sportif teinté de tensions

Si le résultat sur le terrain a été favorable au Sénégal, l’après-match a été marqué par des frictions. Des supporters sénégalais ont été interpellés à Rabat et seront jugés le 4 février prochain, suscitant une vague d’inquiétude et de nombreuses spéculations sur les réseaux sociaux. Face à cette situation, le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, est monté au créneau. Il a annoncé s’être longuement entretenu avec son homologue marocain, Aziz Akhannouch, hier. «Nous avons convenu d’œuvrer dans un esprit d’apaisement, de sérénité et de détente», a déclaré le chef du gouvernement, précisant que cette démarche s’inscrit sous les hautes instructions du Président Bassirou Diomaye Faye et de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.

Appel à la vigilance face à la désinformation

Le gouvernement sénégalais a tenu à mettre en garde contre les flux de communications, notamment sur les réseaux sociaux, qualifiant une grande partie des informations circulantes de «désinformation». C’est un déminage, avec cette offensive diplomatique, contre la «passion destructrice». Tout en assurant suivre de près la situation des compatriotes interpellés en lien avec les autorités consulaires, Dakar appelle les populations à «dépassionner cet épisode». Pour les autorités, l’enjeu est clair : ne pas laisser un incident lié au cadre strictement sportif entacher des relations séculaires. «Nous appelons ainsi nos compatriotes respectifs et tous les amis, à dépassionner cet épisode qui, en aucun cas, ne peut aller au-delà du simple cadre sportif. Nos défis communs sont autrement plus importants. C’est pourquoi nous nous sommes réciproquement réjouis de la tenue, du 26 au 28 janvier courant à Rabat, de la 15e session de la Grande Commission mixte entre les deux Etats, sous la présidence effective des deux premiers ministres», insiste Sonko.

La Grande Commission mixte : le rendez-vous de la relance

Preuve que la coopération bilatérale prime sur les émotions du stade, la 15e session de la Grande Commission mixte entre les deux Etats se tiendra comme prévu à Rabat, du 26 au 28 janvier 2026. Ce rendez-vous est historique : il ne s’était plus tenu depuis 2013. Co-présidée par les deux premiers ministres, cette commission symbolise la volonté des deux pays de se concentrer sur leurs «défis communs» et de consolider des liens qui vont bien au-delà du football. «Cet épisode, en aucun cas, ne peut aller au-delà du simple cadre sportif», a martelé le Premier ministre, rappelant que les deux nations sont unies par des liens «de tous ordres».

En réaffirmant son attachement à l’amitié entre les peuples, le Sénégal envoie un signal fort : l’Afrique de l’excellence et de la solidarité doit rester le seul véritable vainqueur de cette compétition. «Le Sénégal tient enfin à réaffirmer son attachement historique et son action inlassable pour l’amitié et les relations de paix et de respect entre les Etats, les peuples et les nations», ajoute le Pm.

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