L’accent triomphateur du communiqué du ministère des Finances sur la conclusion de l’Appel public à l’épargne dont la date de clôture a débordé un peu, ne permet que de cacher les vraies questions. Pourquoi a-t-il fallu prolonger le délai de clôture de l’emprunt, et pourquoi le gouvernement s’est-t-il senti poussé à accepter plus d’argent que ce dont il avait besoin, et à quelles conditions ?
Par M. G. – Le ministère des Finances et du budget a fini par sortir son communiqué triomphateur, ainsi qu’on l’avait prédit. Il se félicite de ce que son Appel public à l’épargne (Ape), destiné au départ à être clôturé le 22 décembre, a connu un fort succès à sa clôture le 26 décembre -hier- en mobilisant 560 milliards de Cfa, soit 140% des 400 milliards de Cfa. Sans expliquer les raisons qui ont conduit à repousser l’opération, les communiqués des services de Diba se gargarisent de ce que «cette forte mobilisation traduit une adhésion massive des épargnants, institutionnels comme individuels, à l’appel lancé par l’Etat en faveur d’une épargne sécurisée, orientée vers le financement des projets structurants de l’Agenda national de transformation Sénégal vision 2050».
L’ennui est que cette «adhésion massive des épargnants» ne se décline pas en une plus grande transparence dans la communication officielle en la matière. Le communiqué qui se vante de ce que «l’adhésion massive des épargnants» vient ainsi «conforter la trajectoire budgétaire et financière du Sénégal tout en renforçant la capacité de l’Etat à préserver les équilibres macroéconomiques et à boucler le besoin de financement de l’année 2025», ne donne absolument aucune indication sur le taux d’intérêt de cet emprunt, ni sur les justifications de la levée d’un montant supérieur à celui sollicité.
Tout le monde sait qu’un emprunt public est un endettement. Si l’emprunteur accepte plus que ce qu’il avait demandé à son prêteur, quel est son intérêt ? N’a-t-il pas été contraint d’accepter des conditions beaucoup plus drastiques que celles annoncées au départ ? D’autant plus que le taux d’intérêt de 6, 95% annoncé dans le communiqué, comme étant le plus élevé, n’est pas, en la matière, des plus attractifs pour un pays à court de ressources comme le Sénégal.
Le gouvernement se félicite de ce que l’emprunt bouclé hier vient contribuer à «l’amélioration du profil d’endettement» du pays. On peut le concéder, s’agissant des ressources remboursables au fil des ans, et pas avant une dizaine d’années. On ne peut toutefois s’empêcher de relever que dans le même temps, le gouvernement va chercher 60 milliards de Cfa sur le marché financier de l’Uemoa. La fréquence dont ces emprunts se font, indique, comme Le Quotidien l’avait déjà souligné il n’y a guère, qu’ils viseraient principalement à boucler les fins de mois, étant pour la plupart, des levées de fonds d’une très faible maturité, ne dépassant pas une année. Par ailleurs, on ne peut assurer stabiliser ses capacités d’endettement en retournant tous les 3 mois auprès de ses créanciers pour les aider à éponger des dettes antérieures par des emprunts nouveaux. On ne pourrait convaincre personne que le pays est en train d’adapter ses instruments financiers vers une consolidation budgétaire. Il faudrait pour cela, que le gouvernement nous démontre qu’il aura pu emprunter beaucoup moins que ce qu’il a eu à faire au cours de l’année 2025 qui finit dans 3 jours.
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