Alors que l’exploitation des hydrocarbures offshore prend de l’ampleur, le Sénégal choisit l’anticipation. Sous l’impulsion de l’Anam et soutenu par l’Organisation maritime internationale, le pays lance son Plan d’action national de décarbonation. Entre modernisation technologique et diplomatie climatique, Dakar entend s’imposer comme le fer de lance d’un transport maritime durable en Afrique.
Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – Le Sénégal engage résolument sa mue écologique. Ce 1er avril à Dakar, Bécaye Diop, Directeur général de l’Agence nationale des affaires maritimes (Anam), a officiellement lancé les travaux du Plan d’action national (Pan) de décarbonation. Un virage stratégique qui vise à transformer en profondeur le paysage maritime national. Un impératif climatique et économique !
Le transport maritime mondial pèse pour environ 3% des émissions de gaz à effet de serre. Pour le Sénégal, l’enjeu est double : s’aligner sur l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 et protéger son écosystème marin face à l’essor des activités pétrolières et gazières. «L’objectif est clair : parvenir à une décarbonation totale du secteur à l’horizon 2050», a martelé Bécaye Diop. «C’est une échéance qui exige des actions immédiates et des étapes rigoureusement définies.» Cette ambition est déjà reconnue à l’échelle mondiale : le Sénégal est actuellement le seul pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre sélectionné pour le programme «GreenVoyage2050» de l’Organisation maritime internationale (Omi).
Une stratégie par étapes : du diagnostic à l’action
Le futur Pan ne se veut pas seulement théorique, il servira de socle opérationnel à la transition. Sa mission ? Etablir un diagnostic précis des émissions, cartographier les risques et hiérarchiser les investissements. Les premiers leviers de transformation sont déjà identifiés : électrification des infrastructures portuaires, transition vers des carburants alternatifs et modernisation de la flotte nationale.
A court terme, le changement sera visible pour les usagers : «dans les deux prochaines années, des chaloupes hybrides (électrique/gasoil) seront mises en service sur la liaison Dakar-Gorée», a révélé le Dg de l’Anam. Une phase-pilote qui préfigure l’équipement futur des navires de transport et de surveillance.
Le droit comme boussole
Outre l’innovation technologique, la bataille se joue sur le terrain réglementaire. Pour le Sénégal, la ratification de l’Annexe VI de la Convention Marpol -qui traite de la pollution de l’air par les navires- est une priorité absolue. «Nous ne pouvons viser le zéro émission sans nous conformer aux instruments juridiques internationaux», a rappelé Bécaye Diop, précisant que des concertations interministérielles sont en cours pour accélérer ce processus.
Une ambition panafricaine
Inscrit dans la vision de l’Agenda Sénégal 2050, ce chantier dépasse les frontières nationales. Les autorités sénégalaises plaident pour une coalition africaine autour du programme «GreenVoyage2050». Pour Dakar, la décarbonation n’est pas une contrainte environnementale subie, mais un levier de compétitivité et d’innovation pour le commerce international. En prenant les devants, le Sénégal ne se contente pas de verdir ses côtes : il s’assure une place de choix dans la nouvelle économie bleue mondiale.
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