Pollution des cours d’eau, déforestation massive, risques sanitaires liés au gaz et failles démocratiques : l’exploitation des ressources naturelles au Sénégal est aujourd’hui sous le feu des critiques. Réunis lors de l’Assemblée générale d’Amnesty International Sénégal, experts de l’environnement et acteurs de la Société civile ont dressé un bilan noir des impacts de l’extraction minière et gazière, pointant du doigt la responsabilité de l’Etat et des multinationales.

Par Justin GOMIS – A Kédougou, c’est l’enfer écologique de l’orpaillage. L’ex­ploi­tation aurifère dans la région de Kédougou est loin de profiter à tous. Selon les experts, les populations locales paient un lourd tribut environnemental et sanitaire. Oumar Diao, président de l’association Alerte Kédougou et conseiller départemental, dénonce une situation devenue insoutenable. L’usage intensif d’explosifs par les compagnies minières dégrade non seulement les sols, mais engendre une pollution sonore qui terrorise la faune et fragilise la santé des riverains. Le constat est particulièrement alarmant concernant l’orpaillage semi-mécanisé : «Pour creuser un seul puits d’extraction (Dama), entre 100 et 150 arbres sont abattus. Nous assistons à un véritable carnage forestier», a déploré M. Diao.

Un cadre législatif obsolète et bafoué

Le fleuve Sénégal, artère vitale de la région, subit lui aussi une pollution intense. En cause : le non-respect flagrant du décret interdisant toute exploitation à moins de 500 mètres de la rive.

Pour mettre fin à ces dérives, Oumar Diao préconise une réforme profonde : harmonisation législative pour mettre en cohérence le Code minier, le Code de l’environnement et le Code des collectivités locales, une décentralisation effective en transférant davantage de compétences aux autorités locales pour un contrôle de proximité. Enfin, une protection des populations : garantir que les richesses du sous-sol servent réellement au développement des communautés locales.

Un «échec démocratique» dans la consultation

De son côté, Mouhamadou Diop, chargé de campagne Océan pour Greenpeace Afrique, a fustigé le processus de consultation publique qu’il qualifie d’«échec démocratique».

Les études d’impact environnemental, rédigées dans un français technique et complexe, restent inaccessibles à une population majoritairement non scolarisée. Pour Green­peace, l’Etat doit impérativement relever le défi de la transparence pour éviter que la gestion des ressources ne devienne une source permanente de tensions sociales.

Le spectre de la pollution gazière : le scandale Gta

Le secteur des hydrocarbures n’est pas épargné. M. Diop est revenu sur la fuite de gaz survenue en février dernier sur le puits A-02 du projet Grand Tortue Ahmeyim (Gta), opéré par Bp. La gestion de cet incident a été jugée opaque : la multinationale aurait attendu plusieurs semaines avant de communiquer, laissant planer un doute sur la persistance de la fuite.

«Les conséquences sanitaires se feront sentir dans 10 ou 20 ans, quand les poissons contaminés finiront dans nos assiettes. A ce moment-là, Bp aura déjà quitté la zone», s’inquiète le défenseur de l’environnement. Plus grave encore, il a révélé que ni le Sénégal ni la Mauritanie ne disposent actuellement de l’expertise technique nécessaire pour surveiller ou colmater de telles fuites de manière autonome, obligeant le recours systématique à des experts étrangers.

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