Lansar Auto pense que les 27 voitures achetées par Ousmane Sonko à l’Office national de recouvrement des avoirs criminels (Onrac) font partie de son parking saisi après l’arrestation de son Directeur général. L’entreprise estime que l’Onrac est dans l’illégalité si les propos de Sonko sont avérés, car il n’y a pas de jugement.
Par Malick GAYE – L’entreprise Lansar Auto est montée au créneau, ce mercredi à Yoff, lors d’un point de presse tenu par son conseiller juridique et fiscal, Gorgui Dia. Devant la presse, il a détaillé la situation de la dette de l’Etat du Sénégal envers la société et exprimé de vives inquiétudes après l’annonce, par l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko, de l’acquisition de véhicules pour un montant de 900 millions de francs Cfa. «Nous craignons sérieusement que les véhicules évoqués dans cette annonce soient en réalité ceux qui ont été saisis à Lansar Auto et vendus aux enchères», a déclaré Gorgui Dia, rappelant que plus de 100 véhicules de luxe appartenant à l’entreprise ont fait l’objet d’une saisie par l’Office national de recouvrement des avoirs criminels (Onrac), certains ayant été mis à la disposition de l’Etat tandis que d’autres ont été vendus aux enchères.
Le conseiller a rappelé le contexte du dossier. Selon lui, tout est parti d’une déclaration d’opération suspecte transmise par la Coris Bank, dans laquelle un client affirmait que le compte de Lansar Auto recevait régulièrement des montants suspects. La Centif a saisi le Pool judiciaire financier, et le 13 janvier 2025, le Directeur général de Lansar Auto, Mahmadane Sarr, a été placé sous mandat de dépôt pour association de malfaiteurs, escroquerie sur les deniers publics, faux et usage de faux, ainsi que blanchiment de capitaux.
Or, pour Gorgui Dia, cette poursuite ignore un fait essentiel : Lansar Auto est liée à l’Etat par plusieurs conventions et marchés publics régulièrement conclus, portant sur la vente et la location de véhicules. «Comment peut-on parler de détournement quand l’Etat lui-même n’a pas honoré ses engagements et n’a subi aucun préjudice ?», s’est-il interrogé, chiffrant la créance globale due par l’Etat à plus de 26, 9 milliards de francs Cfa dont environ 24, 4 milliards à la charge du seul ministère des Finances et du budget.
Le conseiller a évoqué une convention de reconnaissance de dette signée sous la supervision de l’Agent judiciaire de l’Etat, avec des échéances allant de décembre 2024 à juin 2026, restées largement impayées. Il a aussi cité des créances auprès de plusieurs structures, notamment Ageroute, Onas, ministère de la Justice, Primature, ainsi que des engagements non honorés estimés à 6, 8 milliards de francs Cfa envers des banques locales et étrangères dont la Société générale du Sénégal, Sunu Bank, Coris Bank et Alios Sénégal.
C’est sur ce fond que Gorgui Dia a formulé sa principale interrogation : «Pourquoi, après plus de 600 jours de détention, seul Mahmadane Sarr reste-t-il poursuivi, alors qu’il avait signé un contrat avec l’Etat ? Pourquoi les agents qui ont validé ces marchés et certifié les services faits ne sont-ils, eux, nullement inquiétés ?»
Il a également dénoncé le silence de plusieurs anciens responsables de l’administration financière, cités dans les documents de l’entreprise sans qu’aucune suite judiciaire ne leur soit apparemment réservée. «Pourquoi tout ce silence ?», a-t-il lancé, avant d’affirmer que Lansar Auto «n’a jamais servi de prête-nom» et «n’a jamais effectué de transaction illégale envers l’Etat ou quiconque».
Le conseiller a enfin rappelé les conséquences sociales du dossier pour l’entreprise, évoquant des licenciements touchant 90% du personnel, à la suite des saisies de véhicules et des réquisitions bancaires opérées depuis l’arrestation de M. Sarr en janvier 2025.
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