Lors d’un événement parallèle à la 37e session du Comité des pêches (Cofi) de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao) à Rome, la Confédération africaine des organisations professionnelles de la pêche artisanale (Caopa) a appelé à la mise en place d’un cadre international contraignant et transparent pour régir les accords d’accès à la pêche. L’organisation exhorte les Etats et les institutions internationales à placer le développement durable et la protection des communautés locales au cœur des futures négociations.
Par Alioune Badara CISS(Correspondant) – Face aux défis croissants qui pèsent sur les ressources halieutiques et les communautés côtières, les professionnels de la pêche artisanale africaine font entendre leur voix sur la scène internationale. Intervenant au cours d’un dialogue politique sur les accords d’accès, Raïssa Madou Lékka Nadège, transformatrice de poisson à Abidjan (Côte d’Ivoire) et membre de la cellule jeune de la Caopa, a présenté les propositions de l’organisation pour transformer ces conventions en véritables leviers de développement durable. Loin d’opposer les pays côtiers aux flottes de pêche lointaine, la Caopa préconise une approche collaborative fondée sur la responsabilité partagée et l’apprentissage des erreurs du passé. «Les accords d’accès […] sont des décisions qui déterminent qui peut pêcher, où, comment, en quelle quantité et au bénéfice de qui», a rappelé Raïssa Madou Lékka Nadège. «Il est impératif qu’aujourd’hui, des règles communes soient discutées au niveau international et mises en place par les Etats, peu importe la forme juridique ou le pavillon utilisé.» Pour guider cette transition, la confédération africaine propose une feuille de route articulée autour de six principes fondamentaux : «Evaluer scientifiquement l’état des stocks et donner la priorité absolue aux pêcheries nationales et artisanales avant tout octroi d’accès ; préserver les zones de reproduction, les sites de débarquement et de transformation essentiels aux communautés locales; rendre publics les accords, les licences, l’identité des propriétaires bénéficiaires ainsi que les données de captures.»
En plus de cela, la Caopa invite à associer directement les organisations de pêche artisanale, notamment les groupements de femmes, à la négociation et au suivi des contrats. Mais aussi à dépasser la simple logique de recettes budgétaires en exigeant des retombées concrètes (approvisionnement des marchés locaux, création d’emplois décents, infrastructures pour les transformatrices). Il prône également la redevabilité et le suivi indépendant en prévoyant des mécanismes de contrôle rigoureux permettant d’adapter ou de suspendre un accord si la durabilité de la ressource est menacée.
Un appel direct à la Fao
Alors que les recettes publiques tirées des licences ont longtemps servi de principal critère de succès pour les gouvernements, la Caopa insiste sur le fait que la sécurité alimentaire et le bien-être des populations doivent désormais prévaloir. «Les recettes publiques sont importantes, mais elles ne peuvent être le seul indicateur de réussite d’un accord d’accès», a martelé la représentante de la Caopa lors de son intervention.
Dans la conclusion de sa déclaration, l’organisation a recommandé à l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture et à ses Etats membres d’élaborer un cadre international régissant l’ensemble des accords d’accès. Ce cadre s’appuierait sur les directives existantes de la Fao sur la pêche artisanale et la gouvernance foncière pour les traduire en critères opérationnels et contraignants lors des futures négociations.
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